les mots de MEL

09 décembre 2022

VOIR VENIR LE CHIEN-LOUP

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Basculer

 

De l'aube au crépuscule

Petits pas minuscules

Dans l'infinité.

 

Basculer

 

Se jeter dans le vide

Ne pas compter ses rides

Et ne rien regretter

 

Basculer

 

Faire et défaire le jour

La nuit y couper court

Et puis recommencer.

 

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04 décembre 2022

DES LIRE

Je partais en voyage

Pour un mot

Pour un rien

Et j'avais

Sur les rêves

Un étrange regard

Je ne partais qu'en songe

Je n'allais nulle part

Voyageur immobile

Je traçais mon chemin

Je lisais

Je lirai!

Quand je lis tout va bien.

MEL

 

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20 novembre 2022

MON ARBRE

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Je n'ai pas de racines, ou peut-être bien quelques radicelles ancrées dans mon souvenir et dans les alpages de ma vie de bergère.

Seules mes errances volontaires ont fait la base de ce que je suis, le tronc, en somme.

Il y aurait tout de même, en scrutant les images qui se forment au gré des souvenirs, les plus récentes du moins, un bel arbre campé dans une terre grasse.

Un arbre planté au pied d'un ruisselet qui a maintes fois arrêté mes pas et occupé mes pensées, en chassant de plus noires et bravant ma nature.

Un arbre majestueux quelque soit la saison, défiant le temps avec impétuosité.

Un arbre juste pour moi, un qui m'a séduite au premier regard et m'a tout dit de lui, dans sa belle langue de vent. Nous formions en rêve un beau couple de solitaires, un duo d'uniques, ses racines et mon tronc, ses feuilles et mes branches, son souffle sur ma peau et nos dances ennivrées.

Un arbre qui a ponctué le temps, près de treize années, sans jamais qu'on puisse se lasser l'un de l'autre, discret et à l'écoute, jamais dans le jugement, un ami végétal, fidèle et attentif. Un ête cher, aimé, étreint par la pensée, une valeur sûre.

J'ai quitté mon arbre pour un ailleurs pas si lointain, mais je ne sais pas me retouner. Je lui ai dit adieu aux prémices du printemps, un jour frileux, consciente du caractère définitif de notre séparation. J'ai cru voir une larme perler à son tronc et j'y ai mêlé mes propres larmes. Ce fût un doux chagrin, sans témoin et sans cris. Nous avons pris conscience de l'instant, l'avons vécu comme il se doit, recueillis et reconnaissants l'un de l'autre.

Je ne me retourne pas, donc, mais l'arbre est toujours là, dans un coin de mon âme, se la coulant douce à la fraîcheur du petit ruisseau, et je le visite à l'envi, par le songe, et le temps et l'éloignement n'existent plus. 

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19 novembre 2022

NIGHT SONG

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La Lune

Ampoule allanguie

Au sourcil levé

Jazze dans les arbres

 

Mel

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15 novembre 2022

MORT FINE

"Ma mère est morte"!

C'est ce que je déclame depuis plusieurs mois, sur scène, et ce sont les mots récurrents du texte d'Hanokh Levin, ceux que le fils, que j'incarne, prononce tout au long de la pièce "Funérailles d'hiver". Ce sont les mots qu'il m'a fallu prononcer, quelques jours après la mort de ma propre mère, sans sourciller, sans me laisser gagner par l'émotion. C'est l'histoire d'un fils qui veut enterrer sa mère le jour du mariage de la fille de sa cousine. Celle-ci, avec toute sa famille, refuse obstinément d'entendre la nouvelle pour sauver à tout prix ce mariage. C'est une farce burlesque et grincante, drôle et sombre, une épopée qui va balader tout ce monde sur une plage, en plein hiver et jusque sur les sommets tibétains, en passant par un toit de tuile.

L'enterrement aura bien lieu, à la toute fin, mais les noces auront raison du pauvre fils, faible et crédule.

Ma mère est morte. Je l'ai toujours connue malade. Elle vivait pour la maladie. Elle vivait à travers la maladie. Elle a fini par être vraiment malade, et pourtant, jusqu'au bout, j'ai douté.

Son enfance a été épouvantable. Elle l'a détruite, elle ne s'en est jamais relevée. A croire que pour être une mère aimante il faut avoir été une fille aimée. Mais ce n'est heureusement pas si manichéen.

Son père était un salaud. Elle n'a su que faire de moi, à dix-neuf ans, alors elle m'a confié à sa propre mère, les trois premières années de ma vie.

Chez ma grand-mère, l'amour était inconditionnel. Puis j'ai regagné la maison.

Mon enfance a été solitaire, terriblement solitaire. Souvent livrée à moi-même, je me suis très vite sentie abandonnée. Mon père comblait comme il pouvait le vide des absences de sa femme.

Et quand j'ai eu seize ans, il est mort.

Nous portons en nous toutes les félures familiales, elles font de nous ce que nous sommes. J'aurais bien tout un roman à écrire sur cette enfance si particulière, mais ce n'est pas le sujet.

Le sujet, c'est ma mère, la perte de ma mère.

Il y a peu de temps, elle m'a demandé pardon. Pas besoin de développer, nous savions toutes les deux ce que contenait ce pardon. Et ça a été pour moi une véritable libération.

Notre relation s'est beaucoup apaisée, j'ai pu penser en partie mes blessures.

Je ne sais plus combien de fois j'ai cru, à tort, que sa vie était en danger. Si souvent que j'ai fini par ne plus croire à toutes les alertes, à ne plus compter les hospitalisations, à perdre le fil de ses pathologies, réelles ou fantasmées.

La dernière fois que je l'ai vue à peu près consciente j'ai réalisé que cette fois-ci c'était la fin, qu'il n'y aurait pas de retour possible, qu'elle était véritablement mourante.

C'est difficile de voir partir quelqu'un tant de fois qu'on pense finalement la personne invincible.

Comme sans doute tous ceux qui perdent un proche, j'ai un sentiment d'inachevé: tout n'a pas été dit, j'aurais dû lui poser tant de questions, être tellement plus patiente, m'agacer moins de ses plaintes, l'écouter plus, l'aimer mieux. Et maintenant, il est trop tard.

Ma mère est morte de ses excès, de ses manquements, de son enfance. Ma mère est morte gavée de morphiniques, à un point tel que quelques jours avant sa mort elle me harcelait pour que je lui en porte en plus de ce qu'on lui donnait déjà. Les morphiniques ont détruit son organisme, ont fait d'elle une toxicomane au plus haut degré, ont provoqué une détresse respiratoire irreversible.

je maudis les médecins qui, par facilité, ont augmenté les doses jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de retour possible. 

Mais si la morphine reste la cause principale de sa descente aux enfers, il y a aussi tous les autres médicaments qu'elle prenait depuis toujours, sans qu'aucun médecin ne parvienne a réduire les dosages. Si un médecin supprimait un médicament, elle changeait de médecin. Elle prenait une quarantaine de cachets par jour. Quand j'étais enfant, elle mettait tous ses médicaments mélangés dans une boîte Tupperware.

On ne peut pas sauver quelqu'un qui veut à tout prix se détruire, on ne peut que constater, impuissant.

Alors  j'étanche ma peine en buvant mes larmes, celles qui coulent en silence derrière les mots appris par coeur et que j'essaie à chaque représentation de vider de leur sens.

Ma mère est morte.

 

 

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27 octobre 2016

CLAIR-OBSCUR

Poussière de larmes

Sur tes yeux secs

Cigarette rêvée

Au coin des lèvres amères

Bouche en coin

Démarche sombre

Corps lumineux

Contraste de tes hanches

Trop fines

Sous la parka

Trop large

Les bras,jetés en balancier,

Mènent l'équilibre.

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20 septembre 2016

VARIATION AUTOUR D'UNE NUIT SANS FIN

Ma version de l'histoire:

C'est la pleine lune. Ils se réveillent chaque demie-heure. Il faut tout de même dormir un peu...

Réveil à minuit: ne pas paniquer, exiler les tensions et s'habiller à la hâte. Ils le savaient, elles sont parties. Les sauvages agnelles ont pris de la hauteur, explosant la clôture.

Ils se sont séparés à contre-coeur, courant chacun un pan de montagne à la recherche des fugitives.

Troupeaux multiples et épars, disséminés dans la nuit claire, mouchetée de laine.Ne pas se laisser envahir par le désarroi provoqué par cette immensité souvent hostile. Ils savent y faire et doivent se faire confiance.

Surmonter la fatigue quand on n'a guère plus de vingt ans n'est pas si difficile, ils l'apprendrons, ils ont encore beaucoup à apprendre.

En attendant, ils testent malgré eux leur endurance, et pas seulement celle qui leur est nécessaire à courir la montagne, mais aussi leur endurance de couple balbutiant.

A l'aube, il arrive premier et s'inquiète pour elle. Elle finit bien-sûr par le rejoindre et je les vois, malgré l'épuisement, heureux de se retrouver. Le troupeau est à nouveau au complet, du moins l'éspèrent-ils...

Attablés devant un copieux petit-déjeuner, ils reprennent leurs esprits, ou peut-être se perdent-ils dans la nébuleuse des songes que la nuit blanche leur a volé?

Leus yeux se ferment, mais le jour nouveau leur interdit le repos.

Elle, une larme a perlé de ses yeux clos: est-ce le soulagement d'un heureux dénouement, ou la terreur d'autre nuits à venir?

Sans doute un peu des deux, ou la pluie sur ses joues.

Dans quelques jours, le troupeau sera augmenté d'une centaine d'adultes.Celà changera le cours du temps, les nuits seront vraiment des nuits, pleines de rêves appaisés, les jours seront vraiment des jours, vers la course tranquille à l'herbe fraîche à laquelle aspire un troupeau, un vrai.

Ce sera leur première et plus dure transhumance, et le but, chaque printemps, d'une vie de berger.

 

Elle raconte:

C'esr la pleine lune. C'est une chance car on les trouvera dans la nuit. C'est terrible, je sais qu'elles ne nous laisserons pas de répit. Le réveil est mis à minuit, il faut tout de même dormir un peu.

Connerie de jeunesse que d'avoir dit au patron qu'on avait déjà gardé un troupeau d'agnelles!

Ces salopes nous séchent, nous épuisent, jour après jour.

Photo de moi mangeant froid sous le parapluie de berger, transie sous l'orage, pâle sourire...

Le réveil sonne: elles ont déjà explosé la clôture!

Cavalcade épuisée, la montagne nous happe, il faut se séparer. Les Blanches n'ont pa encore l'instinct grégaire. Des tâches claires et mobiles éclaboussent la nuit aux quatre coins de l'estive. J'ai froid. J'ai peur. Les chiens aboient furieusement après ce troupeau éclaté.

Je m'égare dans les creux obscures, peur de ne pouvoir les ramener, d'en oublier. Désarroi.

Au petit jour, tu as déjà atteint le parc avec une partie des bêtes. Tu m'aides à ramasser le lot que j'ai péniblement poussé jusqu'à la couchade.

Une fois le troupeau rentré, un peu de répit, avaler du pain et du thé chaud, se refaire.

Il va falloir compter pour être bien sûrs d'avoir toutes les bêtes, et une journée de plus à courir...

Mes yeux se ferment seuls, quelques larmes s'échappent. Me blottir dans tes bras.

 La semaine prochaine, le patron nous porte une centaine de brebis pour stabiliser le troupeau.

Encore une semaine à tenir...je le hais!

Je suis bien trop fière pour le dire, mais je n'en peux plus. Je suis pourtant une bonne bergère...

Les semelles de mes chaussures sont devenues lisses, je glisse en marchant sur les pierres, j'ai perdu huit kilos, et pourtant j'aime cette vie sans concession, passionnément.

La transhumance est la vraie came du berger, et je sais qu'à chaque printemps, quand l'air de la Crau deviendra irrespirable, je ne désirerai qu'une chose: ma montagne!

 

Il raconte:

Saloperie de pleine lune. Je me réveille chaque demie-heure. Encore une heure à tenir avant d'aller au parc. Tu te débats dans ton sommeil.

On se supporte mal, trop de tension dûe à la fatigue. Ces garces d'agnelles nous mettent à rude épreuve.

Tu panique vite, ça ne sert à rien. Et puis dans une semaine Christian nous aura mené les brebis, ça ira mieux.

Je suis claqué, mais bien trop fier pour le reconnaître. Les chiens ne valent rien, ces bâtards sont trop agressifs, on l'à déjà payé cher et j'ai peur qu'ils mordent encore à la faveur de la nuit.

Minuit: levés en sursaut, nos habits encore humides de l'orage de la veille. Tu es pâle, les traits tirés: on doit se ressembler à cette heure de la nuit.

Approcher le parc de nuit: pas un bruit de sonnailles, elles sont parties, encore. Calmer le stress, se séparer. Je sais que l'idée de courir seule la montagne la nuit t'angoisse. Surtout ne pas te laisser entrevoir que moi aussi, je suis mal. Quel choix a-t-on?

Il faut multiplier les chances de les ramener toutes avant le jour.

Demain, elles nous foutrons la paix, trop épuisées d'avoir grimpé la nuit. Parce que jamais elles ne descendent, non, l'herbe est plus verte en haut, toujours plus haut. Arrivé au-dessus de la clapière, j'en vois une trentaine qui parade. Il y en a mille huit-cent en tout, on est très loin du compte!

Putain, que la nuit est longue, de petits lots en petits lots, de plus en plus haut...

J'arrète là, advienne que pourra, je descend les agnelles que j'ai trouvé, je croise les doigts pour que tu ramène le reste.

Arrivé au parc, démêler la clôture, faire rentrer les bêtes en calmant les chiens, et t'attendre...

Presque une heure que je t'attends, toujours rien. Si je pars à ta rencontre, elles sont capables de s'échapper à nouveau. Dilemme...

Te voilà enfin, je t'entends, je les entends, je crois qu'on a tout ramassé, mais il va falloir vérifier. Compter.

Un petit-déjeuner à l'aube, sans un mot. J'entends ton ras-le-bol, je ravale ma somnolence.

Pour un peu, on s'endormirait, assis face-à-face, la tête affalée sur la table. Tu pleures? te prendre dans mes bras...

 

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30 mars 2016

VARIATION AUTOUR DE L'ABANDON

L'histoire:

J'ai eu si mal que j'ai cru mourir, sotte on ne meurt d'amour que dans les romans.

J'ai mis ma douleur à l'épreuve, une nuit de décembre glaciale, sur un banc blanc de givre. Je suis restée parfaitement immobile, dans l'espoir stupide de me transformer en statue de glace, insensible à tout.

Mais au bout de cette nuit pétrifiée ton visage emplissait toujours ma tête, ton corps mon corps, et le froid, qui a et raison de moi au petit matin, m'a chassée dans ce lit vide, désespérément vide, que chaque nuit ton absence déserte.

Jour après jour, nuit après nuit, je t'ai maudit. Si fort que je n'étais plus moi. Si fort que ce n'était plus toi.

Non, ce n'était pas cet amour dévorant que je maudissais, mais son incommensurable absence.

Aphone de crier ton nom, je l'ai écris en boucle sur mes cahiers de note, pour m'exorciser de toi, en vain.

Dire que tu m'as brisé le coeur n'est pas à l'image du mal. Tu l'as broyé, avec quelques mots froids et volatiles, en y mettant les formes, celles de l'abandon.

Ce vide laissé était si puissant qu'aujourd'hui encore il me semble que tes bras m'enserrent, que ton souffle court dans le creux de mon cou, je me retourne alors sur la solitude que tu m'as laissée.

Pourtant je me garde en vie. Je mange pour manger, je bois pour boire, je baise pour baiser.

Mais rien n'a plus la même saveur qu'avec toi.

Je te pardonnerai, peut-être, avec le temps, mais tu seras à jamais mon amer regret, mon échec cuisant, mon amour perdu.

Une amie m'a trouvée un jour, hagarde, au milieu d'une rue, sans nom et sans adresse, sans histoire, sans mots. Elle m'a ramenée chez moi comme on ramène un enfant perdu à ses parents, m'a posée là, dans cette maison qui était nous et ne signifie plus rien conjuguée au singulier.

J'aurais voulu qu'elle m'adopte, qu'elle me prenne chez elle, comme un chien perdu sans collier. J'aurais voulu faire semblant de tout redécouvrir pour goûter à nouveau la saveur de vivre.

C'était compter sans toi, la tyrannie du manque, le manque de ta peau, ta peau douce et brune, et tes yeux d'océan, et ton corps nerveux, et ta voix grave qui me disait tout ce que je n'entendrais plus de ta voix. Et tes mains, grandes et fines, et...arrête! laisse-moi, ne me hante plus, tu n'es plus qu'un fantôme.

J'aurais presque voulu te savoir mort, pour que tu n'aies jamais été qu'à moi, où alors t'avoir quitté la première.

Et puis je t'ai revu, un jour, oh de très loin, ta longue silhouette, ton pas chaloupé, et sa main dans ta main.

Là, j'ai compris, enfin, que s'en était fini de nous, que tu avais tourné la page et qu'il était grand temps pour moi d'en faire autant.

Je me suis remise à goûter la vie, doucement, comme une convalescente. J'ai cessé d'écrire ton  nom, j'ai cessé de crier ton nom. Mais je n'ai pas cessé de t'aimer.

L'essence des mots:

 

J'ai cru mourir d'aimer. Ce fût une douleur, une épreuve dans l'immobilité. Espérer être insensible à ton visage, à ton corps, chassée de ce lit vide...

Le jour, la nuit, déserter l'absence. Te maudire, crier ton nom, écrire. Le coeur brisé, broyé par l'abandon, le vide sans tes bras, la solitude de vivre sans saveur. Te pardonner les regrets perdus?

C'est une histoire sans mots, au singulier.

Adopter la saveur de la tyrannie du manque...

Ta voix me hante jusqu'à la mort. Me quitter pour sa main dans ta main?

Je vais tourner la page, goûter la vie convalescente, écrire, aimer.

NB: petit exercice de retricotage des mots pour parvenir à un texte plus nu et peut-être plus fort!

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23 mars 2016

TA PLACE

Petite banlieue triste mais toutefois résidentielle. Petit appartement cossu, nid douillet et étriqué. Tapisserie criarde, de grandes fleurs orange dans la chambre d'enfant. Les années soixante-dix.

Tu te tues à petit feu pour payer le crédit. Le jour comme la nuit tu zèle à tout va pour une boîte ogresque qui peu à peu te phagocyte.

Beaucoup d'amis, une femme à montrer, et la petite, obéissante.

Sans doute, pour toi, la réussite. Tu ne sais pas encore le prix à payer et tu souris.

Tu souris, sur l'île de Ré, un soir de 14 juillet, sur un Polaroïd jauni et aujourd'hui presque effacé.

Tu souris, avec tes potes, un trophée à la main, premier prix à un fameux radio-crochet.

Tu souris, cette nouvelle année de plus à boire le même mauvais champagne, engoncé dans un costume éculé mais chic, un noeud papillon au cou, ta famille autour de toi, le déjà patriarche, si jeune et si usé.

Sortir de tes origines modestes, de l'image du père, insignifiant, sans ambition et peut-être même sans désir. Ta mère...t'a t-elle jamais manifesté la moindre affection?

Regarde-la qui gronde et tonitrue après son vieux, l'accablant sans relâche, l'humiliant devant la petite.

Il faut fuir tout ça, cette médiocrité ordinaire, cette odeur de naphtaline qui ne vous lâche plus, le sempiternel gigot dominical et la tarte aux pommes trop cuite.

D'une banlieue l'autre, retour au petit nid douillet, on se rassure comme on peut.

Cette année, cap vers l'Espagne, ça sent la promotion, dis-tu.

On t'as offert plus de responsabilité et tu donne de ta personne.

A tant travailler, tu t'isole, tu n'es plus vraiment là pour personne, tu deviens irascible. Il est des petites victoires qui coûtent bien cher.

La vie de famille s'étiole et se résume à deux esseulées dans un petit trois pièces, faisant silence pour ne pas te gêner. Tu n'es plus vraiment là, tu es déjà parti trop loin et l'avenir radieux que tu t'es inventé semble n'être jamais à ta portée.

Le silence s'installe, les maux suivent. Ta femme regrette sans doute, sa vie d'avant lui suffisait, elle n'a pas voulu ce grand vide. Tu t'en fous.

Tu n'en auras jamais assez, rien sans doute ne viendra combler cette ambition qui n'est que vide, pour prouver quoi?

Tu te tourmente, tu te juge, tu te jauge, mais tu cours toujours les chimères.

Quand te poseras-tu donc? quand écouteras-tu?

Regarde-toi, tu te dessèche déjà, où donc est passé cet éternel sourire?

Une ride profonde vient se greffer entre tes sourcils, te donnant l'air sévère, tiens, on dirait ta mère!

Tu as vieilli, d'un coup, tu te trompes, tu te perds, et le temps devient déjà ton pire ennemi.

Prends garde à ce qu'il te réserve, tu le laisse filer contre toi et à la fin il t'aura.

Tic-tac, ton coeur est déjà trop usé, tic-tac, tu vas finir seul, ou crever.

 

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13 janvier 2016

ANTICIPATION

J'ai attrapé un vieux pull d'homme couleur brique, décousu sous l'aisselle droite, mon slim chaud et de grosses chaussures. Pas un regard vers le miroir devenu superflu avec le temps, je ne connais que trop bien ma silhouette androgyne, mon teint trop pâle et mes yeux liquides d'enfant perdue. j'ai coupé mes cheveux très court et tout est dit. J'ai mâché et remâché mon texte, pourtant su par coeur depuis un moment, pour me rassurer au départ, puis parce qu'il ne sortait tout bonnement plus de ma tête. Il s'est emparé de moi comme une mélopée et me possède jusqu'à l'écoeurement. Il en sera ainsi tant que je ne l'aurai pas expulsé, ce soir, sur scène, et c'est alors que le plaisir pur de le dire, de le sentir, de le vivre viendra. Un peu moins d'une heure de route et je retrouverai mes complices, mes camarades de jeu que je connais à peine, première fois avec eux. Avec d'autres est venu le temps de la lassitude, de la redite, de l'ennui. Je ne peux me satisfaire d'un seul texte joué à l'infini, plus de deux ans en fait et quasiment chaque mois, sans renouveau, sans remise en question. Sans doute suis-je exigeante, envers moi tout d'abord qui ne supporte que le défi de vivre quelque chose de totalement intense, même à ma modeste échelle de comédienne amateur, envers le texte, bien-sûr, envers mes partenaires dans une moindre mesure, sauf si l'engagement est en dilettante. Je vais donc prendre ma voiture, après l'avoir soigneusement débarrassée de la couche de neige et de givre inhérant à l'hiver cantalien et glisser prudement vers le soir de cette nouvelle expérience. Une première rencontre avec le public, sentir la pulsation des corps, des mots et des regards, laisser les complicités naître, la confiance se faire sentir, se faire PLAISIR...

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