28 mai 2008
Histoire sans parole
-"Pourquoi tes lèvres tremblent-elles, quand je veux des mots"?
-"Pour empêcher mes yeux de s'embuer, mais ça n'y fait rien, ils s'embuent, ton visage se trouble et c 'est ma peine que je vois. Je suis le renard de l'histoire, celui qui veut tant être apprivoisé. Mais un renard n'est pas un chat écorché,et toi, comme Petit Prince, tu n'en fais qu'à ta tête...tu voulais des mots, écoutes mes larmes comme elles te parlent. Chaque goutte verte de mes yeux vient s'écraser sur mon cou et j'imagine cette rigole de larmes étouffée dans les plis du tissu, c'est absurde."
-"Tu ne dis toujours rien, une autre fois, peut-être. Allez, souris moi, au moins, un regard, un geste..."
-"Sourire, c'est bien au-dessus de me forces, mais je serais tentée par un grand éclat de rire, si improbable qu'il se muerait en fou-rire et bouillonnerait finalement en un flot sans fin, un flot qui en remplace un autre; je ne dis rien, mais je crie!"
08 mai 2008
Sous le grand magnolia
Elle passe des jours entiers sous le grand magnolia. Elle se grise de ce coin de fraîcheur au milieu de l'été et hume, les yeux fermés, et suspendant le temps, le parfum lourd et entêtant des fleurs. Elle goûte, silencieuse, les plaisirs secrets de la solitude et de l'ennui apparent qui en découle, sans jamais se lasser. Personne, ici, pour se railler de ses regards farouches, de sa peur panique des autres enfants et de leurs jeux bruyants, ne pas avoir à souffrir de sa différence...
Elle peut rester immobile pendant des heures et vivre mille vies sous les paupières closes; elle rêve sa vie et murmure souvent à cette âme-soeur imaginaire des histoires sans nom. Il s'appelle Michel et elle lui dit tout, à lui et à lui seul. Jamais il ne la juge, il l'aime comme elle est, elle l'aime éperdument.
Bien qu'encore toute petite, on la laisse facilement sans surveillance, elle est si calme qu'on l'oublie à son monde caché, si seulement on pouvait l'oublier à jamais...mais les vacances vont finissant et il va falloir reprendre le chemin redouté de l'école, plus de Michel pour l'aimer, plus de magnolia pour porter ses rêves dans la parenthèse enchantée de l'été.
04 mai 2008
"L'Amoureuse"
Je sors K.O de cette petite scène niçoise que je connais bien pour y avoir été tout à tour comédienne et spectatrice...
Premières armes de Luce au sein de sa nouvelle Compagnie, "TAIM' ", "L'Amoureuse" se joue ici, elle nous fait ce cadeau, notre toute nouvelle parisienne.
J'ai goûté avant de le voir quelques extraits de ce beau monologue sur son blog, l'aie vue en transparence.
Et quand Marie, celle qu'elle a choisi pour le rôle, apparaît, je devine des gestes, des grâces, une âme que je connais.
Marie, magnifique, possède et hante si bien les mots de Luce que je ne sais plus bien, parfois, laquelle des deux se donne, à cet instant, sur scène. Se donner, c'est le mot juste...
C'est une histoire d'amour-amor, d'amour à mort, d'âme ourlée d'or, d'âme égarée par un corps, à l'étouffer tant elle l'adore...
La folie n'est jamais bien loin, elle vient par vague, comme une douleur infinie.
le huis clos s'ouvre sur l'enfance, brisée, rêvée, à jamais blessée, la construction de soi, limage que l'on reçoit et celle qu'on voudrait tant donner, les premiers émois, fantasmés.
Et le corps se plie, se tend, se donne, dans ce champ de bataille qu'est le lit, dans cette prison qu'est la chambre.
Les caresses, les baisers, les promesses, vous prennent et vous renversent, puis le regard vide de cette femme Amoureuse vous transperce et vous glace...
Je frissonne souvent, blottie, presque recroquevillée dans le fauteuil, je souris parfois, attendrie, je ris amusée et émue.
Ce cri déchirant qui plante le décor, ce décor cru, une femme à demi nue, ce corps si gracieux qui vous parle autant que les mots, cette voix qui supplie, se perd, cette musique lancinante qui scelle le destin, tout porte la force du texte.
J'ai tout dit, je n'ai rien dit vraiment, je frissonne encore.
En sortant de la salle, un peu abasourdie, je n'ai pu t'offrir que l'étincelle dans mes yeux et une bise sur ta joue. Je me suis esquivée, en douce.
En bonne taiseuse que je suis, je n'ai pas su te dire combien j'avais aimé ce texte et cette lumineuse Marie, pétrie de vos deux talents.
Alors je te l'écris, Luce, et j'en fait profiter ceux qui me lisent, en espérant que cette pièce aura le succès qu'elle mérite, que d'autres que moi en parlerons bien mieux, qu'elle sera portée loin...
Quand tout fut éteint, mes yeux brillaient dans le noir!
"L'Amoureuse", texte et mise en scène de Luce COLMANT
Avec Marie TEISSIER
02 avril 2008
RAGE
Quatorze années que je vis perchée sur ce rocher, à me battre contre le relief, la sécheresse, les cerfs qui mangent l'herbe des brebis, les loups qui attaquent le troupeau, malgré une surveillance sans relâche...
Cette année, pour la première fois depuis quatorze ans, je ne me suis pas levée la nuit pour surveiller l'agnelage, je n'ai pas entendu, jusque dans mon sommeil, le bêlement ininterrompu des agneaux et de leurs mères qui se perdent et se retrouvent sans cesse, à l'odeur, à l'instinct.
La bergerie est vide,comme mon coeur, comme ma vie, et ce n'est plus contre le palpable et le rationnel que je me bats aujourd'hui, mais contre la haine et la jalousie.
La situation serait absurde, si elle n'était pas désespérée: on a refusé notre projet, avoir des envies de développement, là ou d'autres ont préféré partir que de se battre pour leur terre, ce n'est pas acceptable. Alors, on nous a priés de remballer nos ambitions, de mettre nos rêves, si concrets, au placard. Ailleurs et autrement, loin des tracts assassins, des lettres anonymes, de la rumeur distillée depuis des mois, c'était une évidence, pour pouvoir reconstruire le rêve brisé.
On a trouvé l'ailleurs et aussi l'autrement. On s'est pris à y croire jusqu'à ce que tout s'effondre. Changement de maire, de conseil municipal. Les auteurs de notre infortune sont passés au pouvoir et nous voila plongés dans l'abîme de l'incertitude et coincés là, au beau milieu du néant, le regard figé sur la bergerie vide, comme une punition. Ils n'ont plus voulu de nous, mais ne nous laissent pas partir, il faut que l'on paye. Mais quoi? Quatorze années à se plier à la vie du village, à participer activement à toutes les manifestations qui s'y passaient, à faire des repas pour plus d'une centaine de personnes, à vouloir à tout prix la reconnaissance de notre intégration. Quatorze années à entendre les élus locaux faire l'éloge de notre réussite, de notre partenariat, et se retrouver, seuls, totalement seuls, désespérément seuls, pour avoir manifesté le désir de vivre mieux, d'alléger la pression du travail en favorisant le développement du village...comment se remettre d'une telle injustice? comment ne pas succomber, à notre tour, à la haine et à la rancoeur?
Je ne veux pas leur donner ce plaisir, je ne veux pas leur ressembler, mais c'est si insupportable de se sentir comme une bête traquée.
La bergerie n'est pas vide, le loup y est entré et je n'entend plus que le silence des agneaux.
12 mars 2008
PAPA
Mes yeux ont trébuché sur ce bout de photo sorti de son contexte: ton mariage. Je ne voulais que toi; ni la femme, ni l'enfant; juste ma peine nue. Je suis frappée par la beauté dure et fantomatique de ce visage, il me fait un peu peur. Ce jeune homme n'est plus du monde des vivants, ses yeux sont déjà morts, ils me glacent le sang. Je sais que c'est le découpage, l'image vieillie, la mauvaise qualité de l'agrandissement, ce corps qui, privé de celle qui l'accompagne, semble en déséquilibre, prêt à tomber dans le néant qui l'emportera plus tard. J'ai toujours pensé qu'il savait; il vivait dans l'urgence, avec un goût excessif de l'absolu et de la perfection que j'ai tant déçu, ingrate petite fille...
Il m'aimait, maladroitement, de façon irrationnelle et tyrannique; il m'aimait avec indécence, sans aucune pudeur et sans concession. Il m'étouffait, souvent, il m'écrasait, parfois, me voulait à son image et recommençait le brouillon à m'en briser l'âme. Mais il m'aimait si fort que son absence a envahi ma vie et qu'il m'a fallu attendre d'avoir eu son âge et même plus pour pouvoir coucher des mots sur ma souffrance.Parfois, le temps me donne l'illusion que la plaie est cicatrisée, et un petit bout de papier l'ouvre aussi profondément que les éclats de verre qui se sont fiché dedans autrefois...
Je serai peut-être guérie quand je l'aurai montrée, cette plaie, autrement qu'avec mon visage.
J'ai hérité de sa foutue émotivité et je ne sais aimer qu'avec l'excès de la passion. J'essaie juste de n'emporter que moi, dans ce tourbillon qui m'enivre souvent, me blessant sur les parois rugueuses de la réalité.
Pas d'enfant unique dans ma maison, j'en aurais voulu dans toutes les pièces vides que tu as laissé en moi, mais je les aient déjà bien remplies...
06 mars 2008
MATINEE
Porter le rêve haut
Comme un ciel d'été
Libéré du fardeau
D'un réveil affligé
Porter le rêve loin
le regard aiguisé
Sur l'horizon qui point
Jusqu'à s'en aveugler
Porter le rêve fort
A s'en briser les os
Pour qu'il prenne corps
Jusqu'à fleur de peau
Porter le rêve aux nues
Et le voir s'envoler
Combattre l'inconnu
pour ne pas s'abîmer
Porter le rêve au jour
Le faire basculer
Au passé rester sourd
et se réaliser.
27 février 2008
SPlEEN
j'avais, il y a quelques jours encore, les pieds fichés dans la terre lourde et grasse, et je me sentais grandie par l'horizon, campée, droite sur mes jambes. Qui eut dit de moi, enfant, que j'étais une terrienne?
Une rêveuse, sans aucun doute, une rêveuse toujours, mais une terrienne...
Le ciel était bien plus lumineux qu'en été et il faisait plus doux aussi.
J'ai humé l'air, goulûment, chaque jour; j'aurais voulu plus de temps, plus de solitude, plus de contemplation; j'aurais voulu que ça ne finisse pas, poser enfin, vraiment, mes valises. Mais non, ce n'était qu'une parenthèse de deux semaines qui m'a glissé entre les doigts, mes souhaits et mes rêves sont restés sans emprise sur les jours qui s'égrenaient, immuables.
J'ai possédé, secrètement, du regard, tout ce qui m'avait échappé à la première apparition de cette belle bâtisse, de ces terres paisibles, de ce paysage si doux à côté de mes reliefs abrupts et secs. J'aurais voulu aller plus loin, être libre de découvrir les recoins inconnus, comme mon fils est parti conquérir la cabane, dans le petit bois.
Mais je suis encore étrangère à tous ces trésors que je scrute à la dérobée, pas encore chez moi, déplacée,les racines à nu.
Je sens que toi aussi tu voudrais sortir du carcan de la visite, de l'embarras de l'invitation, hurler "j'arrive"!...
Le dernier jour, embrasser les lieux en silence, surtout ne pas se retourner, consommer l'adieu, non, l'au revoir!
En passant devant Murat, j'ai eu une pensée pour Briscard, un clin d'oeil au cousin d'Auvergne!
01 février 2008
Séraphin
Une journée merveilleuse passée avec lui, après toutes ces années perdues à lui distiller, chichement, quelques brèves nouvelles, lui qui écrit de longues lettres que je savoure tendrement, un grand sourire au bord des lèvres...
Il a toujours eu le reproche délicat, il n'a jamais laché la plume, malgré le silence qu'il avait, souvent, en retour. Je n'ai jamais cessé de l'aimer tendrement, loin des billets qu'il attendait, l'ami, l'amoureux , le barbu magnifique. Ces mots perdus, je les aient ressassé dans ma tête, les aient parfois couchés sur une esquisse de billet...je ne sais pas si je crains qu'ils manquent d'intensité ou qu'ils en disent trop, trop de moi, de mes émotions, mais je suis sûre, maintenant qu'ils les auraient tous aimé, mes mots, juste parce qu'ils sont de moi.
Promis, Séraph, je ne laisse plus l'oubli te guetter, je laisse couler tout ce qui coule, larmes comprises, juste pour te saluer.
Mon Empereur à la Barbe Fleurie, mon tout jeune berger de quatre-vingt printemps, tu ne changes pas, tu blanchit à peine et la malice et la bonté de tes yeux ne faiblissent pas.
Tu nous recoit comme des rois, avec ta fille, belle réplique de ton âme, tu cours de droite à gauche, pour nous contenter, nous nourrir de toi jusqu'à sassiété, jusqu'au départ qu'il nous faudra arracher à ton déja manque de nous, à notre si grand manque de toi.
Promis, Séraph, je n'attendrai pas un dernier adieu avant de t'enlacer, le temps nous presse et l'amitié est si rare, si précieuse.
je voudrais demain reprendre la route sinueuse et longue qui mène à ta petite bicoque de guingois, te serrer dans mes bras et regarder tes yeux pétiller de bonheur.
Demain, Séraphin, je serai là.
25 janvier 2008
Mel Ancolie
Je n'ai rien vu venir...
Comme tout le monde, je lui ai dit de se secouer, de se reprendre, les mots qu'on m'avait déjà dits tant de fois, ces mots qui font si mal quand justement on est incapables de réagir au mal-être profond qui vous envahit et vous met à terre, sans une once de volonté.
je n'imaginais pas que ça puisse lui arriver, à lui, mon pois sauteur si ouvert, si vivant, si séduisant...j'ai cru à de la paresse, puis à de la fronde, et il s'est fermé, totalement...les portes qui claquent, les larmes qui coulent sans raison apparente, le silence, le regard vide et l'assiette pleine, les nuits qui vous engouffrent comme un puits béant, les yeux grands ouverts sur la terreur des heures stagnantes.
Et moi qui crie, qui crise, qui refuse de comprendre, comme tous les profs , qui lui collent des zéros et des rapports à tout va parce qu'il rend copie blanche à un devoir dont il sait le contenu par coeur...
Je m'en veux d'avoir tardé à ouvrir les yeux, de n'avoir pas été la première à mettre un mot sur ses maux.
En larmes dans le bureau du CPE, en larmes au milieu des profs, je me répand, je ne maîtrise jamais mes chagrins, aucune dignité, mais je lis dans les yeux de tous ceux-là la compréhension et la culpabilité partagée.
Quelques séances de pédo psy plus tard et les mots se libèrent au milieu des sanglots, si durs, si douloureux, si violents pour lui même, mais si libérateurs. Ce presqu'ado, cette encore enfant qui dit sa peine avec des mots d'adulte se blottit dans mes bras, libéré de ses démons.
je reste vigilante, les profs l'encouragent dés le moindre effort, il recommence à croire en lui, doucement.
Il me pousse dans le coeur une fleur pour recueillir les larmes de mon fils et les rendre perles de rosée, elle est si grande qu'elle absorbera toutes les peines, cette ancolie...
22 janvier 2008
"Un grand silence frisé"
Ce titre là n'est pas de moi, mais de F'MURR, auteur de B.D. célèbres dans le monde des bergers, puiqu'il y décrit avec humour et folie notre quotidien, légèrement délesté du tangible...
Ce grand silence, ou plutôt ce long silence, le mien, c'était une lassitude, une sensation de vide un peu vertigineuse, le temps qui s'écoule sans que je puisse poser des mots dessus, la page tournée, et point?
Tous ces jours passés ont pourtant eu du contenu, mais j'étais incapable d'envie, ils n'avaient pour moi que le sens que je voulais bien leur donner, ils étaient devenus intranscriptibles.
Et puis, va savoir pourquoi, j'ai entendu parler "théâtre"et l'envie m'est revenue, de faire et de dire, un déclic inespéré...
On va jouer "Bérénice" à Paris, Carole Bouquet et Lambert Wilson, possèdés, parlent de la beauté du texte, de leur total investissement et des images instantanées me viennent, Racine au bord des lèvres, au bord des yeux et mon coeur fait des étincelles. Je l'aime tant, celui-là, il m'émeut jusqu'à fleur de peau...pourquoi suis-je à l'autre bout de la France, pourquoi ne pas recommencer à dire ces mots si beaux qu'ils me hantent pour l'éternité...
J'en rêve la nuit suivante, je les aient dans la bouche, ces mots, je crois les possèder, une fois de plus, c'est eux qui me possèdent, une fois encore. La scène est derrière le rideau, j'entend la salle se remplir, mon coeur bat la chamade et ma bouche murmure des "italiennes", à l'infini.
je me réveille, un hagarde, un peu ivre de la sensation retrouvée et j'ai tant envie d'en parler!
Et puis voilà que ce matin j'entend Daniel Auteuil parler de son rôle dans "les femmes savantes", expliquer sa délectation, se livrer avec espièglerie et faire tâter, à la radio, l'étoffe de soie qu'il portera, qui est, dit-il, l'exacte réplique du costume que portait Molière pour interprèter le même rôle.
Je suis bien, dans ma vie, j'ai eu la chance de choisir, de changer à loisir, d'aller de l'avant. J'ai fait tant de chemin et tant de belles rencontres que je me sens riche ,et ce n'est pas fini, il y a encore de quoi me faire vibrer, dans ma boule de cristal, je vois, je vois...
Je ne serai jamais une grande comédienne, je me suis juste fait plaisir et c'est bien ainsi, mais je n'ai pas dit mon dernier mot, mon dernier vers et en regardant droit devant, je me prend à penser que le frisson qui m'emporte dans ces moments là ne pourra me quitter bien longtemps.











