les mots de MEL

30 mars 2016

VARIATION AUTOUR DE L'ABANDON

L'histoire:

J'ai eu si mal que j'ai cru mourir, sotte on ne meurt d'amour que dans les romans.

J'ai mis ma douleur à l'épreuve, une nuit de décembre glaciale, sur un banc blanc de givre. Je suis restée parfaitement immobile, dans l'espoir stupide de me transformer en statue de glace, insensible à tout.

Mais au bout de cette nuit pétrifiée ton visage emplissait toujours ma tête, ton corps mon corps, et le froid, qui a et raison de moi au petit matin, m'a chassée dans ce lit vide, désespérément vide, que chaque nuit ton absence déserte.

Jour après jour, nuit après nuit, je t'ai maudit. Si fort que je n'étais plus moi. Si fort que ce n'était plus toi.

Non, ce n'était pas cet amour dévorant que je maudissais, mais son incommensurable absence.

Aphone de crier ton nom, je l'ai écris en boucle sur mes cahiers de note, pour m'exorciser de toi, en vain.

Dire que tu m'as brisé le coeur n'est pas à l'image du mal. Tu l'as broyé, avec quelques mots froids et volatiles, en y mettant les formes, celles de l'abandon.

Ce vide laissé était si puissant qu'aujourd'hui encore il me semble que tes bras m'enserrent, que ton souffle court dans le creux de mon cou, je me retourne alors sur la solitude que tu m'as laissée.

Pourtant je me garde en vie. Je mange pour manger, je bois pour boire, je baise pour baiser.

Mais rien n'a plus la même saveur qu'avec toi.

Je te pardonnerai, peut-être, avec le temps, mais tu seras à jamais mon amer regret, mon échec cuisant, mon amour perdu.

Une amie m'a trouvée un jour, hagarde, au milieu d'une rue, sans nom et sans adresse, sans histoire, sans mots. Elle m'a ramenée chez moi comme on ramène un enfant perdu à ses parents, m'a posée là, dans cette maison qui était nous et ne signifie plus rien conjuguée au singulier.

J'aurais voulu qu'elle m'adopte, qu'elle me prenne chez elle, comme un chien perdu sans collier. J'aurais voulu faire semblant de tout redécouvrir pour goûter à nouveau la saveur de vivre.

C'était compter sans toi, la tyrannie du manque, le manque de ta peau, ta peau douce et brune, et tes yeux d'océan, et ton corps nerveux, et ta voix grave qui me disait tout ce que je n'entendrais plus de ta voix. Et tes mains, grandes et fines, et...arrête! laisse-moi, ne me hante plus, tu n'es plus qu'un fantôme.

J'aurais presque voulu te savoir mort, pour que tu n'aies jamais été qu'à moi, où alors t'avoir quitté la première.

Et puis je t'ai revu, un jour, oh de très loin, ta longue silhouette, ton pas chaloupé, et sa main dans ta main.

Là, j'ai compris, enfin, que s'en était fini de nous, que tu avais tourné la page et qu'il était grand temps pour moi d'en faire autant.

Je me suis remise à goûter la vie, doucement, comme une convalescente. J'ai cessé d'écrire ton  nom, j'ai cessé de crier ton nom. Mais je n'ai pas cessé de t'aimer.

L'essence des mots:

 

J'ai cru mourir d'aimer. Ce fût une douleur, une épreuve dans l'immobilité. Espérer être insensible à ton visage, à ton corps, chassée de ce lit vide...

Le jour, la nuit, déserter l'absence. Te maudire, crier ton nom, écrire. Le coeur brisé, broyé par l'abandon, le vide sans tes bras, la solitude de vivre sans saveur. Te pardonner les regrets perdus?

C'est une histoire sans mots, au singulier.

Adopter la saveur de la tyrannie du manque...

Ta voix me hante jusqu'à la mort. Me quitter pour sa main dans ta main?

Je vais tourner la page, goûter la vie convalescente, écrire, aimer.

NB: petit exercice de retricotage des mots pour parvenir à un texte plus nu et peut-être plus fort!

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23 mars 2016

TA PLACE

Petite banlieue triste mais toutefois résidentielle. Petit appartement cossu, nid douillet et étriqué. Tapisserie criarde, de grandes fleurs orange dans la chambre d'enfant. Les années soixante-dix.

Tu te tues à petit feu pour payer le crédit. Le jour comme la nuit tu zèle à tout va pour une boîte ogresque qui peu à peu te phagocyte.

Beaucoup d'amis, une femme à montrer, et la petite, obéissante.

Sans doute, pour toi, la réussite. Tu ne sais pas encore le prix à payer et tu souris.

Tu souris, sur l'île de Ré, un soir de 14 juillet, sur un Polaroïd jauni et aujourd'hui presque effacé.

Tu souris, avec tes potes, un trophée à la main, premier prix à un fameux radio-crochet.

Tu souris, cette nouvelle année de plus à boire le même mauvais champagne, engoncé dans un costume éculé mais chic, un noeud papillon au cou, ta famille autour de toi, le déjà patriarche, si jeune et si usé.

Sortir de tes origines modestes, de l'image du père, insignifiant, sans ambition et peut-être même sans désir. Ta mère...t'a t-elle jamais manifesté la moindre affection?

Regarde-la qui gronde et tonitrue après son vieux, l'accablant sans relâche, l'humiliant devant la petite.

Il faut fuir tout ça, cette médiocrité ordinaire, cette odeur de naphtaline qui ne vous lâche plus, le sempiternel gigot dominical et la tarte aux pommes trop cuite.

D'une banlieue l'autre, retour au petit nid douillet, on se rassure comme on peut.

Cette année, cap vers l'Espagne, ça sent la promotion, dis-tu.

On t'as offert plus de responsabilité et tu donne de ta personne.

A tant travailler, tu t'isole, tu n'es plus vraiment là pour personne, tu deviens irascible. Il est des petites victoires qui coûtent bien cher.

La vie de famille s'étiole et se résume à deux esseulées dans un petit trois pièces, faisant silence pour ne pas te gêner. Tu n'es plus vraiment là, tu es déjà parti trop loin et l'avenir radieux que tu t'es inventé semble n'être jamais à ta portée.

Le silence s'installe, les maux suivent. Ta femme regrette sans doute, sa vie d'avant lui suffisait, elle n'a pas voulu ce grand vide. Tu t'en fous.

Tu n'en auras jamais assez, rien sans doute ne viendra combler cette ambition qui n'est que vide, pour prouver quoi?

Tu te tourmente, tu te juge, tu te jauge, mais tu cours toujours les chimères.

Quand te poseras-tu donc? quand écouteras-tu?

Regarde-toi, tu te dessèche déjà, où donc est passé cet éternel sourire?

Une ride profonde vient se greffer entre tes sourcils, te donnant l'air sévère, tiens, on dirait ta mère!

Tu as vieilli, d'un coup, tu te trompes, tu te perds, et le temps devient déjà ton pire ennemi.

Prends garde à ce qu'il te réserve, tu le laisse filer contre toi et à la fin il t'aura.

Tic-tac, ton coeur est déjà trop usé, tic-tac, tu vas finir seul, ou crever.

 

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13 janvier 2016

ANTICIPATION

J'ai attrapé un vieux pull d'homme couleur brique, décousu sous l'aisselle droite, mon slim chaud et de grosses chaussures. Pas un regard vers le miroir devenu superflu avec le temps, je ne connais que trop bien ma silhouette androgyne, mon teint trop pâle et mes yeux liquides d'enfant perdue. j'ai coupé mes cheveux très court et tout est dit. J'ai mâché et remâché mon texte, pourtant su par coeur depuis un moment, pour me rassurer au départ, puis parce qu'il ne sortait tout bonnement plus de ma tête. Il s'est emparé de moi comme une mélopée et me possède jusqu'à l'écoeurement. Il en sera ainsi tant que je ne l'aurai pas expulsé, ce soir, sur scène, et c'est alors que le plaisir pur de le dire, de le sentir, de le vivre viendra. Un peu moins d'une heure de route et je retrouverai mes complices, mes camarades de jeu que je connais à peine, première fois avec eux. Avec d'autres est venu le temps de la lassitude, de la redite, de l'ennui. Je ne peux me satisfaire d'un seul texte joué à l'infini, plus de deux ans en fait et quasiment chaque mois, sans renouveau, sans remise en question. Sans doute suis-je exigeante, envers moi tout d'abord qui ne supporte que le défi de vivre quelque chose de totalement intense, même à ma modeste échelle de comédienne amateur, envers le texte, bien-sûr, envers mes partenaires dans une moindre mesure, sauf si l'engagement est en dilettante. Je vais donc prendre ma voiture, après l'avoir soigneusement débarrassée de la couche de neige et de givre inhérant à l'hiver cantalien et glisser prudement vers le soir de cette nouvelle expérience. Une première rencontre avec le public, sentir la pulsation des corps, des mots et des regards, laisser les complicités naître, la confiance se faire sentir, se faire PLAISIR...

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05 mars 2015

d'une vie l'autre: les ponts de la mémoire

Aujourd'hui, encore, le vent glacial donne au paysage un rythme chaotique...un hiver de glace, tardif et persistant qui me donne envie de franc soleil sur ma peau, de celui qui brûle si on s'y colle trop...je voudrais baigner mon corps nu dans une mer tiédie, sentir le goût du sel sur mes lèvres et me laisser porter par des vagues douces, le clapotis de l'eau, je rêve d'été...

Ce vent me ramène en Crau sèche, cette terre sauvage aujourd'hui dévorée par l'exploitation de l'homme, des hectares de pêchers et abricotiers à perte de vue qui ont définitivement altéré l'écosystème. Je nous revois tous deux pliés par le mistral, nos grandes capes de bergers pesant sur nos frêles épaules, observant le troupeau dispersé à l'infini, levant les pierres pour y trouver cette herbe rare et si nourrissante que seule la Crau fournissait...me reviens alors cette odeur forte et douce des brebis, unique et irremplaçable...c'était précisément à cette époque, à la fin de l'hiver, quand les prés étaient encore trop pauvres et qu'il fallait économiser au mieux le foin qui s'épuisait, la chaleur n'était pas au rendez-vous, mais le soleil!!le soleil et les oiseaux...des oiseaux rares aux noms étranges qui nous gratifiaient d'un incessant ballet, gracieux, cocasse ou intriguant, un spectacle permanent, un festival de couleurs et de formes qui enchantait nos journées et peuplait nos rêves. Tout cela est si loin, je me sens soudain vieille de tant de souvenirs, et pourtant si riche aussi d'une expérience que personne ne connaîtra plus. Moi qui ne voulais pas céder aux sirènes de la nostalgie!

Outre le vent, moins intense qu'en Crau, mais plus froid, aucun point commun entre mon coin de Cantal perché et cette étrange steppe, si ce n'est la pureté du paysage que rien ne défigure ni n'altère, et c'est sans aucun doute ce qui m'a plu ici, au soleil près...il me manque cruellement et je sens déjà en moi l'envie irrépressible d'ailleurs, encore et toujours, elle m'a toujours poussée plus loin et je ne connaîtrais jamais le goût de l'enracinement, ce n'est pas ma nature. Prochaine étape, donc, le soleil, le soleil, le soleil...

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17 janvier 2015

LETTRE A CHARLIE

Je t'écris comme je pleure, d'une encre chargée de larmes et d'un incommensurable chagrin.

je t'écris au singulier, car tes plumes et crayons ne font qu'un dans l'esprit, et que loin de se dissoudre dans une quelconque masse, chacun d'entre vous prend sa place et se distingue également, dans le respect d'autrui, humblement.

Je t'écris comme je t'aime, maladroitement, depuis longtemps, l'âme rivée à ce que j'ai lu de toi, en partageant ton irrévérence, avec la bienveillance d'une amante attendrie et d'une amie aimante.

Je te pleure comme j'écris, avec cette incrédulité qui subsiste encore aujourd'hui, face à l'innomable, à l'impensable, au cauchemar éveillé que nous vivons depuis ce mercredi maudit, je vais me réveiller...pas eux...non!...pas eux...

je t'écris au pluriel, car nous sommes Charlie, et cet élan sincère me réconforte, toutes ces épaules sur lesquelles poser ma peine...Demain sera bien sûr un autre jour, mais j'ose espérer que cette page d'humanité ne sera pas un feu de paille.

Enfin, je t'aime comme je te lis, Charlie courageux qui  renaît de ses cendres, tel le Phénix, grandi et ne lâchant rien, Charlie où morts et survivants se serrent encore les coudes, Charlie à la Une magnifique, digne, insolente, cette Une qui donne à réfléchir...Charlie plus fort, qui donne plus que jamais à réfléchir tout en dispensant un message d'espoir, drôle et émouvant à la fois, et que je relis en boucle pour ne pas te quitter...

Je te promets solennellement de ne jamais cesser de te lire, de ne pas céder à la lassitude, de ne jamais oublier et surtout de transmettre tes valeurs, celles de la tolérance, de l'irrevérence, de la liberté d'expression qui est si chère à notre pays et que je fais miennes à jamais.

Il me vient pour finir une phrase la chanson de Brel "Jojo", qui dit:

 

..."Et je dis mort aux cons,

 

Aux biens plus cons que toi

 

mais qui sont mieux portants... 

"Six pieds sous terre, Jojo, tu frère encore,

Six pieds sous terre, tu n'es pas mort".

Nous sommes tous Charlie et Wolinsky, Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Bernard Maris et tous les autres,vous êtes tous "Jojo".

A vous et à tous les innocents tués par la bêtise humaine.

 

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08 janvier 2015

JE SUIS CHARLIE!!!

L'horrible attentat commis hier à Charlie Hebdo par d'immondes crétins, de sombres connards, ignares et dépourvus de la moindre trace d'humanité, cet acte ignoble et sans retour possible m'a laissée inconsolable de chagrin. De ces chagrins dont on sait qu'ils laisseront à jamais trace, tant la douleur hébétée est forte.

Comment imaginer Cabu, Wolinsky, Charb, Tignous, Bernard Maris (que j'écoute aussi depuis longtemps sur France Inter) disparus à jamais de notre paysage culturel et humain? je pense bien sûr aux autres victimes innocentes, à leurs proches, à Peloux qui est arrivé avec les secours sur les lieux pour découvrir ses amis, morts...c'est si dur, ça fait si mal, si mal...

Charlie, c'était pour moi un espace de liberté unique, dans lequel je me sentais vivante, loin de toute limite conventionnelle, de tout carcan social, de toute forme de pensée unique.

Charlie a été, et sera toujours, mon référent, celui qu'il faut lire quand on se perd, en riant souvent aux larmes, de tout, absolument tout. Nous avons perdu des enchanteurs, de grands enfants insolents, de grandes gueules généreuses, de grandes plumes malicieuses, un humour libre et tonitruant, la vie. 

D'autres doivent prendre le relais, pour dire à l'obscurantisme qu'il ne gagnera jamais, que personne ne fera jamais taire Charlie, et nous à travers lui. Il faut les soutenir, soutenir Charlie, à terre, en larmes, en sang après qu'en cendres, crier haut, fort, et nombreux "je suis Charlie", d'une seule voix, sans couacs et sans récupération politique ou religieuse, sans céder à la tentation de l'amalgame, tout aussi ignoble que le massacre perpétré.

Si vous voulez que Charlie puisse se relever demain, même si tout ce qui arrive est si grave que plus rien ne sera jamais comme avant, faites comme moi: ABONNEZ VOUS et surtout ne vous censurez jamais.

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24 avril 2014

Marie-Jo

Elle s'est levée au beau milieu de la nuit glaciale, à moitié nue, prenant soin de ne pas réveiller le compagnon du moment. Elle est sortie dans la nuit glaciale, pieds nus, à traversé le village endormi, sans un mot, sans un cri, à moitié nue.

Elle s'est dirigée vers le ravin, celui qu'elle avait probablement repéré, seule, à moitié nue. Elle a sauté, sans un mot, sans un cri, loin, très loin au fond du ravin. On l'a retrouvée, les os brisés, le visage éclaté, à moitié nue dans le petit matin glacial, partie comme elle était venue, sur la pointe des pieds, avec ses secrets, une fille un peu étrange, un peu en marge de tout, juste quelques éclats de voix les soirs d'abus, et c'était tout.

Le plus troublant, le plus violent, fût cette deuxième mort, au vu de tous, celle-là, on ne pouvait pas l'ignorer, impossible de passer notre chemin sans y accrocher le regard...il avait déposé, à côté de la décharge, dans de grands cartons à ciel ouvert, tous les habits de Marie-Jo, et cet empilement bigarré, ces couleurs vives, joyeuses, qui avaient été elle et dont elle s'était dépossédée avant la mort, tout cela, donc, nous sautait aux yeux, comme un affront, un dernier et ultime abandon, une gifle dans le matin glacial.

Qu'avait-il voulu signifier, ce dernier compagnon, par ce geste spontané et plein de provocation?

Peut-être simplement était-ce sa façon d'exprimer se souffrance et sa rage de se retrouver seul, va savoir, d'ailleurs on ne saura jamais...

Masi si je n'ai pas vu le corps de Marie-Jo, écrasée au bas du ravin, c'est dans ce tas de vêtements que j'ai vu la mort toute nue, dans le petit matin glacial.

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07 avril 2014

Rêve Heures

Le pas du rêveur

S'envole souvent

Il rêve d'ailleurs

Alors, forcément...

         ***

 

 

Nous rêvions autrefois

Des rêves éponymes

Je ne sais plus pourquoi

Nous étions synonymes...

       ***

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01 avril 2014

Battre campagne

Qui plus  que moi pouvait trouver une signification profondément  terrienne à ce terme un peu vieillot qui est pourtant si imagé?

Oui, j'ai battu la campagne, ma campagne, pendant un peu plus d'une semaine, à la rencontre de gens que je n'avais en partie jamais vus, trop isolés, trop asservis à cette même terre que nous partageons pourtant en commun. J'ai foulé des sols gras, pénétré dans de somptueuses demeures comme dans des maisons moyenâgeuses, toujours (ou presque!) bien accueillie, moi et mes compagnons de campagne, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit.

J'habite depuis 5 ans un petit village d'à peine 300 habitants, population profondément ancrée dans la ruralité, ce qui devient si rare que je suis venue ici, avec famille et bagages, juste pour me sentir parmi les miens. Je suis une terrienne d'adoption, de celles qui sont nées en ville et dont les premiers pas hors du nid douillet font glousser...même pas cap?

j'ai laissé derrière moi tant de peines que je ne pouvais trouver que la paix, la sérénité que j'avais perdue et je ne regrette rien.

Alors quand la maire du village est venue me solliciter, moi l'étrangère, en tant que femme, et aussi parce qu'elle sait reconnaître quelqu'un prêt à s'engager, j'avoue avoir été très fière de me sentir d'ici. J'avais du temps pour réfléchir, ma décision était prise: ce serait non, ma santé est trop fragile, je vais faillir.

Quand elle est revenue, inquiète et les traits tirés par les soucis inhérents à sa commune, j'ai dis oui, c'était limpide, j'ai été prise d'une furieuse envie de m'investir, pour elle.

Et hop, j'ai été accueillie au sein d'un groupe chaleureux, ils m'ont tout de suite adoptée autour d'un bon repas, tout en m'informant, moi et les 2 autres nouveaux, du fonctionnement de la commune. C'est à la fois simple et complexe, la limite cruelle étant le manque de budget. Un travail d'équilibriste que je soupçonnais à peine...

Suit cette semaine marathon de campagne, surtout voir tout le monde, écouter, rassurer, pénétrer des vies si isolées qu'on les sent à la fête, entendre des doléances tout simplement irréalistes, ne rien promettre mais ne pas apeurer...on est responsable de tout dans une petite commune, du chien qui aboie, du voisin qui bricole trop tard, du gamin qui pleure, de la pelouse souillée, des querelles de voisinage, de la fermeture imminente de l'école, de l'ennui des vieux, de celui des jeunes aussi, de la disparition des bals, du bruit causé par ceux-ci, d'un manque de piste cyclable (pour qui et à quel coût?), du chant du coq du voisin, du manque de poubelles, "et vous me trouveriez pas un logement?", du coût des céréales, de l'eau, du gaz...arg!!!

Et puis il y a aussi les petits vieux qui vous reçoivent, la larme à l'oeil, heureux d'avoir de la visite, qui sortent les gâteaux rances et si durs qu'on les glissent tous délicatement dans nos poches, mais qui sont contents, qui ne demandent rien, qui savent que c'est dur, qu'il n'y a plus ni respect ni reconnaissance...

On a bu des litres de sirop, de thé, de café,mangé des kilos de gâteaux, mais on est allés chez tout le monde, pris la gentillesse et subi les foudres de certains, consciensieusement, sans déroger et sans faillir.

Je n'avais jamais assisté que de loin à un dépouilllement, ça c'est passé à couteau tiré, il a fallu revoter et la deuxième fois ce fût pire.

Nous ne sommes plus que 6 et il y donc 5 élus de l'autre liste. C'es assez triste de quitter les autres, de les laisser au bord du chemin après cette épopée...

Et puis, il y a la haine qui se déchaîne déjà dans le village, faut dire que nos 5 co-listiers mettent autant qu'ils peuvent de l'huile sur le feu. Je crois que ça va être très dur, c'est la loi de la démocratie, mais à notre petite échelle il est beaucoup plus difficile de cohabiter, des gens bien-pensants me reprochent de n'être qu'une étrangère (nous y voilà!), de ne pas avoir à me mêler de leurs affaires, je ne vous raconte même pas ce que mes collègues qui habitent le coeur du village doivent entendre...mais pourquoi ces gens-là ne se sont pas présentés?

Bon, tout ceci n'est que le début de l'aventure, à suivre...

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03 mars 2014

Flash back

Elle était, souvent par hasard, de ces soirées un peu bizarres, futiles et que l'on disait denses, ou les "je t'aime" de circonstance fusaient sur les corps en péril.

La fumée, qui piquait les yeux, y rendait chacun amoureux, mais elle savait déjà très bien que se serait fini demain...

Une fille aux yeux langoureux l'embrassa d'une bouche éprise, elle avait un goût de cerise, à vous donner envie de mieux.

Un soir, ce fut un cul-de-jatte, qui de son lit jouait l'épate, entouré de mains peu timides offrant des caresses torrides:

Un grave accident de moto lui donnait un bel alibi pour réclamer plus qu'il n'en faut les faveurs de toutes les filles.

Elle était là, indifférente, à cette foule exubérante, ne perdant rien de ces scenettes qu'elle écrivait dedans sa tête.

Si ça ne rime plus à rien, pas plus hier que demain, si il n'y a même plus de traces de ces bouts de vie et d'espace,

Alors rien jamais n'a de sens et aujourd'hui je m'en balance, c'est juste une vague impression de  déjà vécu, de fiction...?

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