les mots de MEL

27 octobre 2016

CLAIR-OBSCUR

Poussière de larmes

Sur tes yeux secs

Cigarette rêvée

Au coin des lèvres amères

Bouche en coin

Démarche sombre

Corps lumineux

Contraste de tes hanches

Trop fines

Sous la parka

Trop large

Les bras,jetés en balancier,

Mènent l'équilibre.

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20 septembre 2016

VARIATION AUTOUR D'UNE NUIT SANS FIN

Ma version de l'histoire:

C'est la pleine lune. Ils se réveillent chaque demie-heure. Il faut tout de même dormir un peu...

Réveil à minuit: ne pas paniquer, exiler les tensions et s'habiller à la hâte. Ils le savaient, elles sont parties. Les sauvages agnelles ont pris de la hauteur, explosant la clôture.

Ils se sont séparés à contre-coeur, courant chacun un pan de montagne à la recherche des fugitives.

Troupeaux multiples et épars, disséminés dans la nuit claire, mouchetée de laine.Ne pas se laisser envahir par le désarroi provoqué par cette immensité souvent hostile. Ils savent y faire et doivent se faire confiance.

Surmonter la fatigue quand on n'a guère plus de vingt ans n'est pas si difficile, ils l'apprendrons, ils ont encore beaucoup à apprendre.

En attendant, ils testent malgré eux leur endurance, et pas seulement celle qui leur est nécessaire à courir la montagne, mais aussi leur endurance de couple balbutiant.

A l'aube, il arrive premier et s'inquiète pour elle. Elle finit bien-sûr par le rejoindre et je les vois, malgré l'épuisement, heureux de se retrouver. Le troupeau est à nouveau au complet, du moins l'éspèrent-ils...

Attablés devant un copieux petit-déjeuner, ils reprennent leurs esprits, ou peut-être se perdent-ils dans la nébuleuse des songes que la nuit blanche leur a volé?

Leus yeux se ferment, mais le jour nouveau leur interdit le repos.

Elle, une larme a perlé de ses yeux clos: est-ce le soulagement d'un heureux dénouement, ou la terreur d'autre nuits à venir?

Sans doute un peu des deux, ou la pluie sur ses joues.

Dans quelques jours, le troupeau sera augmenté d'une centaine d'adultes.Celà changera le cours du temps, les nuits seront vraiment des nuits, pleines de rêves appaisés, les jours seront vraiment des jours, vers la course tranquille à l'herbe fraîche à laquelle aspire un troupeau, un vrai.

Ce sera leur première et plus dure transhumance, et le but, chaque printemps, d'une vie de berger.

 

Elle raconte:

C'esr la pleine lune. C'est une chance car on les trouvera dans la nuit. C'est terrible, je sais qu'elles ne nous laisserons pas de répit. Le réveil est mis à minuit, il faut tout de même dormir un peu.

Connerie de jeunesse que d'avoir dit au patron qu'on avait déjà gardé un troupeau d'agnelles!

Ces salopes nous séchent, nous épuisent, jour après jour.

Photo de moi mangeant froid sous le parapluie de berger, transie sous l'orage, pâle sourire...

Le réveil sonne: elles ont déjà explosé la clôture!

Cavalcade épuisée, la montagne nous happe, il faut se séparer. Les Blanches n'ont pa encore l'instinct grégaire. Des tâches claires et mobiles éclaboussent la nuit aux quatre coins de l'estive. J'ai froid. J'ai peur. Les chiens aboient furieusement après ce troupeau éclaté.

Je m'égare dans les creux obscures, peur de ne pouvoir les ramener, d'en oublier. Désarroi.

Au petit jour, tu as déjà atteint le parc avec une partie des bêtes. Tu m'aides à ramasser le lot que j'ai péniblement poussé jusqu'à la couchade.

Une fois le troupeau rentré, un peu de répit, avaler du pain et du thé chaud, se refaire.

Il va falloir compter pour être bien sûrs d'avoir toutes les bêtes, et une journée de plus à courir...

Mes yeux se ferment seuls, quelques larmes s'échappent. Me blottir dans tes bras.

 La semaine prochaine, le patron nous porte une centaine de brebis pour stabiliser le troupeau.

Encore une semaine à tenir...je le hais!

Je suis bien trop fière pour le dire, mais je n'en peux plus. Je suis pourtant une bonne bergère...

Les semelles de mes chaussures sont devenues lisses, je glisse en marchant sur les pierres, j'ai perdu huit kilos, et pourtant j'aime cette vie sans concession, passionnément.

La transhumance est la vraie came du berger, et je sais qu'à chaque printemps, quand l'air de la Crau deviendra irrespirable, je ne désirerai qu'une chose: ma montagne!

 

Il raconte:

Saloperie de pleine lune. Je me réveille chaque demie-heure. Encore une heure à tenir avant d'aller au parc. Tu te débats dans ton sommeil.

On se supporte mal, trop de tension dûe à la fatigue. Ces garces d'agnelles nous mettent à rude épreuve.

Tu panique vite, ça ne sert à rien. Et puis dans une semaine Christian nous aura mené les brebis, ça ira mieux.

Je suis claqué, mais bien trop fier pour le reconnaître. Les chiens ne valent rien, ces bâtards sont trop agressifs, on l'à déjà payé cher et j'ai peur qu'ils mordent encore à la faveur de la nuit.

Minuit: levés en sursaut, nos habits encore humides de l'orage de la veille. Tu es pâle, les traits tirés: on doit se ressembler à cette heure de la nuit.

Approcher le parc de nuit: pas un bruit de sonnailles, elles sont parties, encore. Calmer le stress, se séparer. Je sais que l'idée de courir seule la montagne la nuit t'angoisse. Surtout ne pas te laisser entrevoir que moi aussi, je suis mal. Quel choix a-t-on?

Il faut multiplier les chances de les ramener toutes avant le jour.

Demain, elles nous foutrons la paix, trop épuisées d'avoir grimpé la nuit. Parce que jamais elles ne descendent, non, l'herbe est plus verte en haut, toujours plus haut. Arrivé au-dessus de la clapière, j'en vois une trentaine qui parade. Il y en a mille huit-cent en tout, on est très loin du compte!

Putain, que la nuit est longue, de petits lots en petits lots, de plus en plus haut...

J'arrète là, advienne que pourra, je descend les agnelles que j'ai trouvé, je croise les doigts pour que tu ramène le reste.

Arrivé au parc, démêler la clôture, faire rentrer les bêtes en calmant les chiens, et t'attendre...

Presque une heure que je t'attends, toujours rien. Si je pars à ta rencontre, elles sont capables de s'échapper à nouveau. Dilemme...

Te voilà enfin, je t'entends, je les entends, je crois qu'on a tout ramassé, mais il va falloir vérifier. Compter.

Un petit-déjeuner à l'aube, sans un mot. J'entends ton ras-le-bol, je ravale ma somnolence.

Pour un peu, on s'endormirait, assis face-à-face, la tête affalée sur la table. Tu pleures? te prendre dans mes bras...

 

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30 mars 2016

VARIATION AUTOUR DE L'ABANDON

L'histoire:

J'ai eu si mal que j'ai cru mourir, sotte on ne meurt d'amour que dans les romans.

J'ai mis ma douleur à l'épreuve, une nuit de décembre glaciale, sur un banc blanc de givre. Je suis restée parfaitement immobile, dans l'espoir stupide de me transformer en statue de glace, insensible à tout.

Mais au bout de cette nuit pétrifiée ton visage emplissait toujours ma tête, ton corps mon corps, et le froid, qui a et raison de moi au petit matin, m'a chassée dans ce lit vide, désespérément vide, que chaque nuit ton absence déserte.

Jour après jour, nuit après nuit, je t'ai maudit. Si fort que je n'étais plus moi. Si fort que ce n'était plus toi.

Non, ce n'était pas cet amour dévorant que je maudissais, mais son incommensurable absence.

Aphone de crier ton nom, je l'ai écris en boucle sur mes cahiers de note, pour m'exorciser de toi, en vain.

Dire que tu m'as brisé le coeur n'est pas à l'image du mal. Tu l'as broyé, avec quelques mots froids et volatiles, en y mettant les formes, celles de l'abandon.

Ce vide laissé était si puissant qu'aujourd'hui encore il me semble que tes bras m'enserrent, que ton souffle court dans le creux de mon cou, je me retourne alors sur la solitude que tu m'as laissée.

Pourtant je me garde en vie. Je mange pour manger, je bois pour boire, je baise pour baiser.

Mais rien n'a plus la même saveur qu'avec toi.

Je te pardonnerai, peut-être, avec le temps, mais tu seras à jamais mon amer regret, mon échec cuisant, mon amour perdu.

Une amie m'a trouvée un jour, hagarde, au milieu d'une rue, sans nom et sans adresse, sans histoire, sans mots. Elle m'a ramenée chez moi comme on ramène un enfant perdu à ses parents, m'a posée là, dans cette maison qui était nous et ne signifie plus rien conjuguée au singulier.

J'aurais voulu qu'elle m'adopte, qu'elle me prenne chez elle, comme un chien perdu sans collier. J'aurais voulu faire semblant de tout redécouvrir pour goûter à nouveau la saveur de vivre.

C'était compter sans toi, la tyrannie du manque, le manque de ta peau, ta peau douce et brune, et tes yeux d'océan, et ton corps nerveux, et ta voix grave qui me disait tout ce que je n'entendrais plus de ta voix. Et tes mains, grandes et fines, et...arrête! laisse-moi, ne me hante plus, tu n'es plus qu'un fantôme.

J'aurais presque voulu te savoir mort, pour que tu n'aies jamais été qu'à moi, où alors t'avoir quitté la première.

Et puis je t'ai revu, un jour, oh de très loin, ta longue silhouette, ton pas chaloupé, et sa main dans ta main.

Là, j'ai compris, enfin, que s'en était fini de nous, que tu avais tourné la page et qu'il était grand temps pour moi d'en faire autant.

Je me suis remise à goûter la vie, doucement, comme une convalescente. J'ai cessé d'écrire ton  nom, j'ai cessé de crier ton nom. Mais je n'ai pas cessé de t'aimer.

L'essence des mots:

 

J'ai cru mourir d'aimer. Ce fût une douleur, une épreuve dans l'immobilité. Espérer être insensible à ton visage, à ton corps, chassée de ce lit vide...

Le jour, la nuit, déserter l'absence. Te maudire, crier ton nom, écrire. Le coeur brisé, broyé par l'abandon, le vide sans tes bras, la solitude de vivre sans saveur. Te pardonner les regrets perdus?

C'est une histoire sans mots, au singulier.

Adopter la saveur de la tyrannie du manque...

Ta voix me hante jusqu'à la mort. Me quitter pour sa main dans ta main?

Je vais tourner la page, goûter la vie convalescente, écrire, aimer.

NB: petit exercice de retricotage des mots pour parvenir à un texte plus nu et peut-être plus fort!

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23 mars 2016

TA PLACE

Petite banlieue triste mais toutefois résidentielle. Petit appartement cossu, nid douillet et étriqué. Tapisserie criarde, de grandes fleurs orange dans la chambre d'enfant. Les années soixante-dix.

Tu te tues à petit feu pour payer le crédit. Le jour comme la nuit tu zèle à tout va pour une boîte ogresque qui peu à peu te phagocyte.

Beaucoup d'amis, une femme à montrer, et la petite, obéissante.

Sans doute, pour toi, la réussite. Tu ne sais pas encore le prix à payer et tu souris.

Tu souris, sur l'île de Ré, un soir de 14 juillet, sur un Polaroïd jauni et aujourd'hui presque effacé.

Tu souris, avec tes potes, un trophée à la main, premier prix à un fameux radio-crochet.

Tu souris, cette nouvelle année de plus à boire le même mauvais champagne, engoncé dans un costume éculé mais chic, un noeud papillon au cou, ta famille autour de toi, le déjà patriarche, si jeune et si usé.

Sortir de tes origines modestes, de l'image du père, insignifiant, sans ambition et peut-être même sans désir. Ta mère...t'a t-elle jamais manifesté la moindre affection?

Regarde-la qui gronde et tonitrue après son vieux, l'accablant sans relâche, l'humiliant devant la petite.

Il faut fuir tout ça, cette médiocrité ordinaire, cette odeur de naphtaline qui ne vous lâche plus, le sempiternel gigot dominical et la tarte aux pommes trop cuite.

D'une banlieue l'autre, retour au petit nid douillet, on se rassure comme on peut.

Cette année, cap vers l'Espagne, ça sent la promotion, dis-tu.

On t'as offert plus de responsabilité et tu donne de ta personne.

A tant travailler, tu t'isole, tu n'es plus vraiment là pour personne, tu deviens irascible. Il est des petites victoires qui coûtent bien cher.

La vie de famille s'étiole et se résume à deux esseulées dans un petit trois pièces, faisant silence pour ne pas te gêner. Tu n'es plus vraiment là, tu es déjà parti trop loin et l'avenir radieux que tu t'es inventé semble n'être jamais à ta portée.

Le silence s'installe, les maux suivent. Ta femme regrette sans doute, sa vie d'avant lui suffisait, elle n'a pas voulu ce grand vide. Tu t'en fous.

Tu n'en auras jamais assez, rien sans doute ne viendra combler cette ambition qui n'est que vide, pour prouver quoi?

Tu te tourmente, tu te juge, tu te jauge, mais tu cours toujours les chimères.

Quand te poseras-tu donc? quand écouteras-tu?

Regarde-toi, tu te dessèche déjà, où donc est passé cet éternel sourire?

Une ride profonde vient se greffer entre tes sourcils, te donnant l'air sévère, tiens, on dirait ta mère!

Tu as vieilli, d'un coup, tu te trompes, tu te perds, et le temps devient déjà ton pire ennemi.

Prends garde à ce qu'il te réserve, tu le laisse filer contre toi et à la fin il t'aura.

Tic-tac, ton coeur est déjà trop usé, tic-tac, tu vas finir seul, ou crever.

 

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13 janvier 2016

ANTICIPATION

J'ai attrapé un vieux pull d'homme couleur brique, décousu sous l'aisselle droite, mon slim chaud et de grosses chaussures. Pas un regard vers le miroir devenu superflu avec le temps, je ne connais que trop bien ma silhouette androgyne, mon teint trop pâle et mes yeux liquides d'enfant perdue. j'ai coupé mes cheveux très court et tout est dit. J'ai mâché et remâché mon texte, pourtant su par coeur depuis un moment, pour me rassurer au départ, puis parce qu'il ne sortait tout bonnement plus de ma tête. Il s'est emparé de moi comme une mélopée et me possède jusqu'à l'écoeurement. Il en sera ainsi tant que je ne l'aurai pas expulsé, ce soir, sur scène, et c'est alors que le plaisir pur de le dire, de le sentir, de le vivre viendra. Un peu moins d'une heure de route et je retrouverai mes complices, mes camarades de jeu que je connais à peine, première fois avec eux. Avec d'autres est venu le temps de la lassitude, de la redite, de l'ennui. Je ne peux me satisfaire d'un seul texte joué à l'infini, plus de deux ans en fait et quasiment chaque mois, sans renouveau, sans remise en question. Sans doute suis-je exigeante, envers moi tout d'abord qui ne supporte que le défi de vivre quelque chose de totalement intense, même à ma modeste échelle de comédienne amateur, envers le texte, bien-sûr, envers mes partenaires dans une moindre mesure, sauf si l'engagement est en dilettante. Je vais donc prendre ma voiture, après l'avoir soigneusement débarrassée de la couche de neige et de givre inhérant à l'hiver cantalien et glisser prudement vers le soir de cette nouvelle expérience. Une première rencontre avec le public, sentir la pulsation des corps, des mots et des regards, laisser les complicités naître, la confiance se faire sentir, se faire PLAISIR...

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05 mars 2015

d'une vie l'autre: les ponts de la mémoire

Aujourd'hui, encore, le vent glacial donne au paysage un rythme chaotique...un hiver de glace, tardif et persistant qui me donne envie de franc soleil sur ma peau, de celui qui brûle si on s'y colle trop...je voudrais baigner mon corps nu dans une mer tiédie, sentir le goût du sel sur mes lèvres et me laisser porter par des vagues douces, le clapotis de l'eau, je rêve d'été...

Ce vent me ramène en Crau sèche, cette terre sauvage aujourd'hui dévorée par l'exploitation de l'homme, des hectares de pêchers et abricotiers à perte de vue qui ont définitivement altéré l'écosystème. Je nous revois tous deux pliés par le mistral, nos grandes capes de bergers pesant sur nos frêles épaules, observant le troupeau dispersé à l'infini, levant les pierres pour y trouver cette herbe rare et si nourrissante que seule la Crau fournissait...me reviens alors cette odeur forte et douce des brebis, unique et irremplaçable...c'était précisément à cette époque, à la fin de l'hiver, quand les prés étaient encore trop pauvres et qu'il fallait économiser au mieux le foin qui s'épuisait, la chaleur n'était pas au rendez-vous, mais le soleil!!le soleil et les oiseaux...des oiseaux rares aux noms étranges qui nous gratifiaient d'un incessant ballet, gracieux, cocasse ou intriguant, un spectacle permanent, un festival de couleurs et de formes qui enchantait nos journées et peuplait nos rêves. Tout cela est si loin, je me sens soudain vieille de tant de souvenirs, et pourtant si riche aussi d'une expérience que personne ne connaîtra plus. Moi qui ne voulais pas céder aux sirènes de la nostalgie!

Outre le vent, moins intense qu'en Crau, mais plus froid, aucun point commun entre mon coin de Cantal perché et cette étrange steppe, si ce n'est la pureté du paysage que rien ne défigure ni n'altère, et c'est sans aucun doute ce qui m'a plu ici, au soleil près...il me manque cruellement et je sens déjà en moi l'envie irrépressible d'ailleurs, encore et toujours, elle m'a toujours poussée plus loin et je ne connaîtrais jamais le goût de l'enracinement, ce n'est pas ma nature. Prochaine étape, donc, le soleil, le soleil, le soleil...

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17 janvier 2015

LETTRE A CHARLIE

Je t'écris comme je pleure, d'une encre chargée de larmes et d'un incommensurable chagrin.

je t'écris au singulier, car tes plumes et crayons ne font qu'un dans l'esprit, et que loin de se dissoudre dans une quelconque masse, chacun d'entre vous prend sa place et se distingue également, dans le respect d'autrui, humblement.

Je t'écris comme je t'aime, maladroitement, depuis longtemps, l'âme rivée à ce que j'ai lu de toi, en partageant ton irrévérence, avec la bienveillance d'une amante attendrie et d'une amie aimante.

Je te pleure comme j'écris, avec cette incrédulité qui subsiste encore aujourd'hui, face à l'innomable, à l'impensable, au cauchemar éveillé que nous vivons depuis ce mercredi maudit, je vais me réveiller...pas eux...non!...pas eux...

je t'écris au pluriel, car nous sommes Charlie, et cet élan sincère me réconforte, toutes ces épaules sur lesquelles poser ma peine...Demain sera bien sûr un autre jour, mais j'ose espérer que cette page d'humanité ne sera pas un feu de paille.

Enfin, je t'aime comme je te lis, Charlie courageux qui  renaît de ses cendres, tel le Phénix, grandi et ne lâchant rien, Charlie où morts et survivants se serrent encore les coudes, Charlie à la Une magnifique, digne, insolente, cette Une qui donne à réfléchir...Charlie plus fort, qui donne plus que jamais à réfléchir tout en dispensant un message d'espoir, drôle et émouvant à la fois, et que je relis en boucle pour ne pas te quitter...

Je te promets solennellement de ne jamais cesser de te lire, de ne pas céder à la lassitude, de ne jamais oublier et surtout de transmettre tes valeurs, celles de la tolérance, de l'irrevérence, de la liberté d'expression qui est si chère à notre pays et que je fais miennes à jamais.

Il me vient pour finir une phrase la chanson de Brel "Jojo", qui dit:

 

..."Et je dis mort aux cons,

 

Aux biens plus cons que toi

 

mais qui sont mieux portants... 

"Six pieds sous terre, Jojo, tu frère encore,

Six pieds sous terre, tu n'es pas mort".

Nous sommes tous Charlie et Wolinsky, Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Bernard Maris et tous les autres,vous êtes tous "Jojo".

A vous et à tous les innocents tués par la bêtise humaine.

 

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08 janvier 2015

JE SUIS CHARLIE!!!

L'horrible attentat commis hier à Charlie Hebdo par d'immondes crétins, de sombres connards, ignares et dépourvus de la moindre trace d'humanité, cet acte ignoble et sans retour possible m'a laissée inconsolable de chagrin. De ces chagrins dont on sait qu'ils laisseront à jamais trace, tant la douleur hébétée est forte.

Comment imaginer Cabu, Wolinsky, Charb, Tignous, Bernard Maris (que j'écoute aussi depuis longtemps sur France Inter) disparus à jamais de notre paysage culturel et humain? je pense bien sûr aux autres victimes innocentes, à leurs proches, à Peloux qui est arrivé avec les secours sur les lieux pour découvrir ses amis, morts...c'est si dur, ça fait si mal, si mal...

Charlie, c'était pour moi un espace de liberté unique, dans lequel je me sentais vivante, loin de toute limite conventionnelle, de tout carcan social, de toute forme de pensée unique.

Charlie a été, et sera toujours, mon référent, celui qu'il faut lire quand on se perd, en riant souvent aux larmes, de tout, absolument tout. Nous avons perdu des enchanteurs, de grands enfants insolents, de grandes gueules généreuses, de grandes plumes malicieuses, un humour libre et tonitruant, la vie. 

D'autres doivent prendre le relais, pour dire à l'obscurantisme qu'il ne gagnera jamais, que personne ne fera jamais taire Charlie, et nous à travers lui. Il faut les soutenir, soutenir Charlie, à terre, en larmes, en sang après qu'en cendres, crier haut, fort, et nombreux "je suis Charlie", d'une seule voix, sans couacs et sans récupération politique ou religieuse, sans céder à la tentation de l'amalgame, tout aussi ignoble que le massacre perpétré.

Si vous voulez que Charlie puisse se relever demain, même si tout ce qui arrive est si grave que plus rien ne sera jamais comme avant, faites comme moi: ABONNEZ VOUS et surtout ne vous censurez jamais.

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24 avril 2014

Marie-Jo

Elle s'est levée au beau milieu de la nuit glaciale, à moitié nue, prenant soin de ne pas réveiller le compagnon du moment. Elle est sortie dans la nuit glaciale, pieds nus, à traversé le village endormi, sans un mot, sans un cri, à moitié nue.

Elle s'est dirigée vers le ravin, celui qu'elle avait probablement repéré, seule, à moitié nue. Elle a sauté, sans un mot, sans un cri, loin, très loin au fond du ravin. On l'a retrouvée, les os brisés, le visage éclaté, à moitié nue dans le petit matin glacial, partie comme elle était venue, sur la pointe des pieds, avec ses secrets, une fille un peu étrange, un peu en marge de tout, juste quelques éclats de voix les soirs d'abus, et c'était tout.

Le plus troublant, le plus violent, fût cette deuxième mort, au vu de tous, celle-là, on ne pouvait pas l'ignorer, impossible de passer notre chemin sans y accrocher le regard...il avait déposé, à côté de la décharge, dans de grands cartons à ciel ouvert, tous les habits de Marie-Jo, et cet empilement bigarré, ces couleurs vives, joyeuses, qui avaient été elle et dont elle s'était dépossédée avant la mort, tout cela, donc, nous sautait aux yeux, comme un affront, un dernier et ultime abandon, une gifle dans le matin glacial.

Qu'avait-il voulu signifier, ce dernier compagnon, par ce geste spontané et plein de provocation?

Peut-être simplement était-ce sa façon d'exprimer se souffrance et sa rage de se retrouver seul, va savoir, d'ailleurs on ne saura jamais...

Masi si je n'ai pas vu le corps de Marie-Jo, écrasée au bas du ravin, c'est dans ce tas de vêtements que j'ai vu la mort toute nue, dans le petit matin glacial.

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07 avril 2014

Rêve Heures

Le pas du rêveur

S'envole souvent

Il rêve d'ailleurs

Alors, forcément...

         ***

 

 

Nous rêvions autrefois

Des rêves éponymes

Je ne sais plus pourquoi

Nous étions synonymes...

       ***

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