MADRIGAL
Je suis la fourmi
Qui Cigale
J'ai plus d'habits, ça m'est égal
Quand je m'ennuie
Je mets les voiles
Mes amis
N'ont jamais la dalle
J'ai quelques mies
Qui les régalent
La table est mise
Jour et nuit
Chante la bise
Danse la vie
Je suis la fourmi
Qui régale
Et tant pis
Si j'ai que 3 balles
Je les donne à qui me souris
Et ce n'est pas de l'argent sale!
IL TEMPETE...
le ciel gris-bleu se met aujourd'hui en colère et prend des teintes électriques que rien n'altère. Le vent projète sur les vitres des larmes de pluie, qui s'écrasent, pathétiques, comme suppliant : ouvre-moi! elles glissent mollement leur naufrage, rejointes par une autre rafale...
Le paysage se fond et plie, tétanisé, soumis, sonné, les arbres, hébètes, semblent me regarder, me prendre à témoin. Ma bâtisse cantalienne s'offre à tous les vents, provocante belle de pierres séculaires, leur lançant le défi de jamais la coucher, elle en a vu tant d'autres!
Je pense, le coeur serré, aux bourgeons qui explosent au jardin, mais je sais que la sève est plus forte que tout, ils sauront profiter de l'eau salvatrice...
Même les prés sont bleus, le plateau se découpe en arrêtes vives, alors qu'il est d'ordinaire si doux.
Quelle chance j'ai de vivre la furie de l'intérieur, elle est si vivante qu'elle m'émeut et m'emporte.
Je suis si éblouie que j'en oublie la douleur tyrannique et demain l'hôpital...se coller aux carreaux...
SALTIMBANQUES
Rendez-vous avec Tat, une de mes balades en images préférées et un lien entre deux mondes sensibles. Heureuse de te retrouver et de reprendre le cours des mots. Je nous souhaite plein de rendez-vous!
Photo: Tatiana, texte Mel
Nos corps en équilibre
Se jouent de nos natures
Nous sommes oiseaux libres
Et nos âmes sont pures
Nous sommes nés pour incarner
La jeunesse et la beauté
Même le gris du parvis
Est là pour nous sublimer
Nous vous donnons l'illusion
De l'équilibre parfait
De nos membres à l'unisson
Et nous semblons si légers...
Il a pourtant bien fallu
Quelques heures de souffrances
Une volonté ténue
Qui tient parfois de la transe
Mon souffle léger se joue
De la sphère qui vient et va
Je la voudrais dans ton cou
Elle se love sur ton bras
Je m'ext'Asie, tu me Chine
Sous le regard minéral
De ce curieux vase Ming
A la posture bancale.
somnambule
Je vais piquer un p'tit somme
Juste un petit somme en bulle
La nuit est très monotone
Et pourtant j'y déambule
Quelques heures de bonheur
A m'oublier dans mon lit
Mais la bulle sonne l'heure
Et l'insomnie est servie
Cette bulle est ma douleur
Et, enroulée dans un pull
Moi j'attends que sonne l'heure
L'heure de crever la bulle...
Camille et IBSEN....
J'écoute, parfois, sur FRANCE INTER, "l'atelier" de Vincent Josse.
Ce samedi 19 février, l'invitée était Camille. J'aime cette délicieuse jeune femme qui revisite le scat et la mélopée réunis et nous offre sa belle âme, pure comme sa voix enfantine. Et j'aime le théâtre qui vous met l'eau à la bouche...ça tombe bien!
Ce n'est pas seulement la chanteuse, que le délicat Vincent invitait, mais aussi et surtout la comédienne naissante.
Elle nous parle donc de ce personnage, mis en scène et en eau par Claude Baqué (c'était une évidence!!!), qui lui ressemble étrangement: "la Dame de la Mer", d'Ibsen.
Je ne conterai de l'histoire que ce que j'en ai entendu: un couple, un enfant, un Amour puissant et lointain qu'il faut oublier, forcément un marin. Une histoire viscérale, passionnelle, et Camille s'impose...
Sur scène, l'élément omniprésent, l'eau, dans laquelle les personnages évoluent, pieds nus, au son de la voix aérienne de Camille, paroles et musique en équilibre.
Je n'ai rien vu, et il y a peu de chances pour que je me trouve au théâtre des Bouffes du Nord, quand aura lieu cette belle rencontre; mais si mon désir a éveillé celui d'au moins une autre personne, et qu'elle partage à son tour, je savourerai l'instinct qui m'emporta, une fois de plus.
Une histoire d'Eaux, féminine et fluide, comme un chant en plein choeur.
EACH DAY IS VALENTIN'S DAY (pour un iL et des Ailes)
Savourer tes baisers
A ton cou les répandre
Ignorer le passé
Ne plus jamais t'attendre
T'enlacer à mon tour
Vasciller de bonheur
A ton corps toujours
Livrer mon âme soeur.
Eperdument offerte
Nouer mon corps au tien
Tenter la découverte
Initier mes deux mains
Ne jamais se quitter!
Salutaire tourment
Absolue souffrance
Indicible doute
Nuits blanches
Tyrannique addiction
Vulnérable désir
Absolue volupté
Langoureuses caresses
Etreintes à emporter
Noces de feu
Tapage nocturne
Issue de velours
Nuit et jour
Serre moi
Aime tout
Invite notre émoi
Ne me possède pas
Tu deviendrais jaloux
Va me chercher la lune
Au creux du firmament
Love toi sur ma dune
Et deviens l'océan
Noie mes larmes
Tue ma peur
Invite moi au charme
Navigue sur mon coeur.
Pour Tat, je reédite ces poèmes écrits en 2007, déjà...
Il traîne...
Il traîne
Les poings dans ses poches crevées
Il croit se prendre pour Verlaine
Ses yeux balayent le pavé
Il traîne
Sans trop vouloir s'attarder
Sur tous ces corps de sirènes
Que le printemps semble créer
Il traîne
Shootant dans un tas de gravier
Comme pour conjurer la haine
Car son soleil l'a quitté
Il traîne
Son grand corps semble plier
Lui qui se croyait un chêne
tremble comme un brin d'osier
Il traîneDe trop beaux souvenirs
Auxquels ils"enchaîne
Tant qu'il voudrait mourir
Il traîne
Dans les quartiers la nuit
Sous des regards de hyènes
Qui se rient de lui
il traîne
ses yeux noirs agrandis
Par ce beau corps de fille
qui le frôle et l'entraîne
Il traîne
Et vaguement sommeille
Contre une peau de miel
De Lune et de Soleil
Théâtre? vous avez dit théâtre?
Je me suis sentie vivante, forte de ma fragilité, soudée au corps des mots qui m'envahissaient par vagues fidèles, sans jamais me lacher. J'ai tout aimé, tout. Affronter des moments de médiocrité, palper la tension échangée entre nos regards, les cris, les rires, oui beaucoup de rires, les colères, contre soi, d'abord, contre l'autre, parfois. Les impros qui partent en vrille ou montent en émotion jusqu'au bord des yeux. Les textes découverts et mis à nu par nos âmes guidées. C'est toi qui nous a donné et nous t'avons, à notre tour rendu, par la justesse du ton, la précision de la phrase, la clarté d'un sentiment. L'Amour se donne, se prend, communique, embrase, appaise, guide, rassure...cet amour-là...L
Tout, sauf modelés. Apprivoisés, éveillés, réveillés, nos corps entiers à l'écoute de l'autre, union sacrée faite d'acharnement à demander ou vouloir le meilleur. Comme j'ai aimé ces moments, les répétitions dînatoires dans des locaux improbables, ces théâtres dans les ruelles chaudes et colorées, ou nous jouiions, le coeur battant, sur des scènes parfois minuscules, l'odeur de nos angoisses mêlées dans la loge, foutu fatras de guenilles multicolores. Et l'on se serrait fort, avant la levée du rideau, pour se rassurer. Cette étreinte disait: je ne te lacherais pas, tu peux compter sur moi, et ça marchait.
Rien de sérieux, il est vrai, jamais je ne serai une "commédienne", mais toujours une passionnée du mot dit.
Alors voilà, après cet hommage vibrant à une prof, des profs, extraordinaires, et de vraies commédiennes, et dont je reconnais que, sans le savoir, elles m'aidèrent, bien au-delà de l'imaginable, je tourne aujourd'hui la page.
Enfin, le livre s'ouvre bien quand il veut...j'ai voulu reprendre mon activité chérie, pour retrouver des sensations perdues. Nouvelle vie, nouveau pays, nouvelle Compagnie. MAIS!
Me voici confrontée à l'amateurisme dans tout ce qu'il peut avoir de caricatural.
Premier cours, première impression: un ogre barbu à queue de cheval grise et ventre gargantuesque nous accueille, sourire et bras ouverts. Comme toujours, essentiellement des femmes, tous âges confondus, un rigolard épais qui a déjà tout vu...et une bande conséquente de handicapés mentaux, venus du CAT voisin, aïe...pas prévenue, déjà bien assez chargée pour avoir à porter ce genre de "débutants". Je sais, ça n'est pas politiquement correct, mais il y a quand même des limites à l'ouverture à l'autre, surtout si vous avez affaire à une huître, ce qui est, hélas, le cas!
Nos amis vont rester un moment, nous annonce R, très naturel. En fait, les éducateurs les lachent, et nous voilà tout de go à se taper des impros (bables) avec des "gamins" ingèrables, incompréhensibles pour la plupart, ne comprenant aucune consigne, pour la totalité.
J'ai eu tout de suite l'horrible sensation de regresser, de ne pas être à ma place, d'avoir fait la super connerie!
J'ai essayé de persister, nous avons finalement quatre pensionnaires à plein temps, mais c'est telllement pathétique qu'on ne sait plus si il faut en rire ou en pleurer, et pleurer, j'en ai marre!
R m'a octroyé pour un sketch (faut voir le niveau des thèmes choisis!) un partenaire dont je n'avais pas encore décelé le réel handicap, il semblait presque "normal" (je hais ce mot!!!), en dehors du fait qu'on ne l'entendait que rarement. J'ai vite trouvé: il a la mémoire d'un poisson rouge, le bienheureux, je le qualifie ainsi car vu ce qu'il a vécu, il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Bref, impossible de lui faire retenir le plus primitif des scénarios, et du coup, un grand moment de solitude sur scène, devant mon J, la bouche grande ouverte, niant toutes mes affirmations, et me laissant finalement jouer seule les deux personnages. R., notre PROF, ne s'est rendu compte de rien.
En fait, je ne raconterai pas tout, mais je suis triste, triste pour eux qui ne savent même pas ce qu'ils font là, pour les autres, qui n'ont pas de recul et sentent bien qu'il y a quelque chose qui cloche, pour cet Ogre déchu, qui n'a de culture théâtrale qu'à travers internet et sa femme qui nous a refourgué une pièce pourrie. Et puis aussi triste pour moi, mon égo déjà bien racrapoté qui me dit que je suis tombée bien bas. je n'irais pas au prochain "cours", si je trouvais le soutien et l'énergie, je crois que je préfèrerai en donner...
"Mâdame promène son chien..."
Elle s'est entichée de moi, je n'ai pourtant rien fait pour...je viens de la ville, c'est sans doute important pour cette grande bourgeoise de Province. Et puis, surtout, je suis un peu moins bête que la bonne, qui a à peu près mon âge. Une grosse fille, courte sur pattes et stupide, d'une inculture et d'une bêtise que je n'osais soupçonner. Moi, j'ai amené quelques uns de mes livres indispensables: quelques poètes, Breton, Appolinaire, Beaudelaire, Vian et aussi Garcia Marquez pour lequel j'ai une véritable fascination, et puis d'autres encore, "les Hauts de Hurlevents", lus et relus, me croyant l'âme de la fantasque Kathy, Jane Eyre, dont l'histoire hantais mes nuits, et puis, et puis...tout ce que j'avais pu charrier dans un gros sac à dos de l'armée qui me sciait les épaules et les reins, donc bien peu de choses, au final.. Sans gène et sans vergogne, Mâdame s'était permise un petit tour d'inspection dans ma chambre, y avait découvert mon goût pour la lecture et je fus conviée, séance tenante, à motiver mes choix. Une bergère, pensez!
J'ai bien vu que ça l'avait un peu contrariée, elle ne pouvait pas me traiter aussi rudement que le reste du personnel, et m'avait déjà tancée pour mon aptitude à me rebiffer.
Corinne, oui je me souviens, c'était Corinne; la bonne, était avec le berger (mais c'est un autre histoire) ma seule compagnie.
Lorsque je rentrais, éreintée, aux heures des repas, j'avais en face de moi ce faciès de lune, docile, soumise, et sans aucune conversation. Les repas me semblaient interminables, accompagnés par un poste de radio beuglant dont la bougresse avait choisi la station.
Nous mangions aux cuisines et le repas était ponctué par la sonnette de Mâdame, qui trônait, avec ses deux fils, dans une des salles à manger. Corinne se levait, au garde-à-vous et filait satisfaire (péniblement!) aux caprices culinaires de la petite famille. Quelques instants de solitude salvatrice, en pointillé.
En plus de l'entreprise familiale, Mâdame possédait un élevage de Saint Bernard, ces mastodontes faits pour le secours en montagne. Mais ceux-là étaient élevés pour les concours, ils avaient des patronymes bien plus longs que leur maîtresse, tous de haute lignée et ne mangeaient que des poulets: l'entreprise de Mâdame faisait dans l'abattage et le conditionnement de poulets par millier, de ces volailles dont vous pouviez, en vous forçant un peu, manger les os.
C'était un nom célèbre, à l'époque, on ne mangeait quasiment qu'eux. La boîte a été rachetée, il y a bien longtemps.
Donc, au menu: poulets. Tous ceux qui avaient passé la date de péremption et que l'on entassait dans de vieux frigos à proximité des chenils. Le premier jour, c'était à peu près supportable, mais les bestioles gonflées à bloc par d'étranges aliments empestaient très vite la charogne. Inutile de dire qu'il m'incombais de nourrir les chiens. Surtout ne pas oublier la combinaison, le Saint Bernard ça bave! je ressortais des chenils, écoeurée et couverte de bave, de la tête aux pieds.
Mâdame m'avait à la bonne, donc, et décida qu'il était tant de parfaire mon éducation en m'emmenant à un grand concours de clébards. Elle avait surtout besoin d'un larbin pour lui tenir l'un des deux chiens qui allaient être présentés.
Je n'avais pas eu le choix et montait donc, à contre-coeur, dans une mercédès rutilante, traînant crânement une remorque de première classe pour nos deux stars. Au volant, les cheveux libérés de l'éternel chignon qu'elle portait au Domaine, Mâdame avait adopté une tenue digne de l'évènement: cuir de haut en bas; veste cintrée ouverte sur un sous pull moulant dévoilant moultes bourrelets, pantalon sur mesure, sans aucun doute, bottes cirées à talons bien trop hauts pour cet échassier vaguement rouquin, et le tout était noir, sans doute dans le soucis d'élancer un peu la silhouette.
Je ne sais plus au juste où nous nous rendions, mais la route fut longue et l'arrivée....triomphale!!!
à suivre...
Docteur V
Il me pose, sans conviction, quelques questions d'usage, prends des notes en silence, puis lève le nez pour me regarder enfin, l'oeil chafouin et la bouche calée sur un éternel rictus, qu'il croit peut-être pouvoir passer pour un sourire. Il m'ausculte de façon mécanique, comme une vieille bagnole dont tous les rouages fatiguent. Je viens de lui expliquer que , malgré le traitement, je recommence à souffrir, que les douleurs nocturnes se sont remises en place.
Nuque très raide, c'est normal, je ne prends pas un remède miracle, il est content puisque le reste du corps a regagné en souplesse et que mon indice "NASDAI" (critère d'évaluation du stade de la maladie), bien qu'ayant remonté légèrement, reste stable en nette diminution depuis le début du traitement. Prise en charge de la douleur: Doliprane. Un emplâtre sur une jambe de bois puisque seule la morphine parvient à me donner un peu de répit dans ces moments-là. Heureusement, j'ai un généraliste qui est dans l'empathie et la compassion et estime que j'ai droit au confort de médicaments que l'on distribue enfin quand rien d'autre n'y fait. Les effets secondaires sont dilués par ceux, bien plus violents, de mon traitement, quant à la dépendance, elle est surpassée de loin par le soulagement, j'essaie de ne pas culpabiliser. Je ressors du cabinet, mon ordonnance bleue ente les mains, dite ordonnance de produits d'exception. Il a fait son job. Six mois de paix pour lui.
La première fois que je suis venue au cabinet, il était associé et la salle d'attent ne désemplissait pas. Une à deux heures d'attente étaient chose courante. Seulement, ce n'est pas lui qui s'occupait de mon cas, mais sa collègue, une grande et jolie jeune femme au physique androgyne, qui avait pour réputation "de ne pas être aimable". C'est tout de suite passé entre elle et moi, je me suis sentie écoutée, prise en charge physiquement et moralement, cette femme avait la foi et le sens de la compassion. je l'ai vue deux fois, c'est elle qui avait émis l'hypothèse de me mettre sous antiTNF ALPHA.
on s'est vues deux fois, rendez-vous était pris pour une prise en charge à Clermont par un Professeur qui prendrait la décision finale, car lourde.
C'est mon généraliste qui m'a annoncé sa mort, quelques jours avant mon rendez-vous. Elle rentrait d'une conférence dans un coin reculé de Corrèze, au petit matin. Elle a échoué contre un arbre, il a été naturellement conclus qu'elle s'était endormie au volant. L'ironie du sort est que j'appris que son mari était tétraplégique depuis des années suite à un accident de voiture de même nature. Etait-ce un hasard? je la regrette encore et quand je vais au cabinet, qui curieusement n'est plus jamais bondé, j'ai un petit pincement au coeur quand je passe devant sa porte, la plaque portant son nom toujours gravée, comme si elle allait revenir un jour.
Finalement, peut-être que le docteur V se protège de la souffrance de la perte de sa collègue, petitement vouté dans son carcan d'apparente indifférence...Je voudrais dormir, DORMIR.












