Il traîne...
Il traîne
Les poings dans ses poches crevées
Il croit se prendre pour Verlaine
Ses yeux balayent le pavé
Il traîne
Sans trop vouloir s'attarder
Sur tous ces corps de sirènes
Que le printemps semble créer
Il traîne
Shootant dans un tas de gravier
Comme pour conjurer la haine
Car son soleil l'a quitté
Il traîne
Son grand corps semble plier
Lui qui se croyait un chêne
tremble comme un brin d'osier
Il traîneDe trop beaux souvenirs
Auxquels ils"enchaîne
Tant qu'il voudrait mourir
Il traîne
Dans les quartiers la nuit
Sous des regards de hyènes
Qui se rient de lui
il traîne
ses yeux noirs agrandis
Par ce beau corps de fille
qui le frôle et l'entraîne
Il traîne
Et vaguement sommeille
Contre une peau de miel
De Lune et de Soleil
Théâtre? vous avez dit théâtre?
Je me suis sentie vivante, forte de ma fragilité, soudée au corps des mots qui m'envahissaient par vagues fidèles, sans jamais me lacher. J'ai tout aimé, tout. Affronter des moments de médiocrité, palper la tension échangée entre nos regards, les cris, les rires, oui beaucoup de rires, les colères, contre soi, d'abord, contre l'autre, parfois. Les impros qui partent en vrille ou montent en émotion jusqu'au bord des yeux. Les textes découverts et mis à nu par nos âmes guidées. C'est toi qui nous a donné et nous t'avons, à notre tour rendu, par la justesse du ton, la précision de la phrase, la clarté d'un sentiment. L'Amour se donne, se prend, communique, embrase, appaise, guide, rassure...cet amour-là...L
Tout, sauf modelés. Apprivoisés, éveillés, réveillés, nos corps entiers à l'écoute de l'autre, union sacrée faite d'acharnement à demander ou vouloir le meilleur. Comme j'ai aimé ces moments, les répétitions dînatoires dans des locaux improbables, ces théâtres dans les ruelles chaudes et colorées, ou nous jouiions, le coeur battant, sur des scènes parfois minuscules, l'odeur de nos angoisses mêlées dans la loge, foutu fatras de guenilles multicolores. Et l'on se serrait fort, avant la levée du rideau, pour se rassurer. Cette étreinte disait: je ne te lacherais pas, tu peux compter sur moi, et ça marchait.
Rien de sérieux, il est vrai, jamais je ne serai une "commédienne", mais toujours une passionnée du mot dit.
Alors voilà, après cet hommage vibrant à une prof, des profs, extraordinaires, et de vraies commédiennes, et dont je reconnais que, sans le savoir, elles m'aidèrent, bien au-delà de l'imaginable, je tourne aujourd'hui la page.
Enfin, le livre s'ouvre bien quand il veut...j'ai voulu reprendre mon activité chérie, pour retrouver des sensations perdues. Nouvelle vie, nouveau pays, nouvelle Compagnie. MAIS!
Me voici confrontée à l'amateurisme dans tout ce qu'il peut avoir de caricatural.
Premier cours, première impression: un ogre barbu à queue de cheval grise et ventre gargantuesque nous accueille, sourire et bras ouverts. Comme toujours, essentiellement des femmes, tous âges confondus, un rigolard épais qui a déjà tout vu...et une bande conséquente de handicapés mentaux, venus du CAT voisin, aïe...pas prévenue, déjà bien assez chargée pour avoir à porter ce genre de "débutants". Je sais, ça n'est pas politiquement correct, mais il y a quand même des limites à l'ouverture à l'autre, surtout si vous avez affaire à une huître, ce qui est, hélas, le cas!
Nos amis vont rester un moment, nous annonce R, très naturel. En fait, les éducateurs les lachent, et nous voilà tout de go à se taper des impros (bables) avec des "gamins" ingèrables, incompréhensibles pour la plupart, ne comprenant aucune consigne, pour la totalité.
J'ai eu tout de suite l'horrible sensation de regresser, de ne pas être à ma place, d'avoir fait la super connerie!
J'ai essayé de persister, nous avons finalement quatre pensionnaires à plein temps, mais c'est telllement pathétique qu'on ne sait plus si il faut en rire ou en pleurer, et pleurer, j'en ai marre!
R m'a octroyé pour un sketch (faut voir le niveau des thèmes choisis!) un partenaire dont je n'avais pas encore décelé le réel handicap, il semblait presque "normal" (je hais ce mot!!!), en dehors du fait qu'on ne l'entendait que rarement. J'ai vite trouvé: il a la mémoire d'un poisson rouge, le bienheureux, je le qualifie ainsi car vu ce qu'il a vécu, il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Bref, impossible de lui faire retenir le plus primitif des scénarios, et du coup, un grand moment de solitude sur scène, devant mon J, la bouche grande ouverte, niant toutes mes affirmations, et me laissant finalement jouer seule les deux personnages. R., notre PROF, ne s'est rendu compte de rien.
En fait, je ne raconterai pas tout, mais je suis triste, triste pour eux qui ne savent même pas ce qu'ils font là, pour les autres, qui n'ont pas de recul et sentent bien qu'il y a quelque chose qui cloche, pour cet Ogre déchu, qui n'a de culture théâtrale qu'à travers internet et sa femme qui nous a refourgué une pièce pourrie. Et puis aussi triste pour moi, mon égo déjà bien racrapoté qui me dit que je suis tombée bien bas. je n'irais pas au prochain "cours", si je trouvais le soutien et l'énergie, je crois que je préfèrerai en donner...
"Mâdame promène son chien..."
Elle s'est entichée de moi, je n'ai pourtant rien fait pour...je viens de la ville, c'est sans doute important pour cette grande bourgeoise de Province. Et puis, surtout, je suis un peu moins bête que la bonne, qui a à peu près mon âge. Une grosse fille, courte sur pattes et stupide, d'une inculture et d'une bêtise que je n'osais soupçonner. Moi, j'ai amené quelques uns de mes livres indispensables: quelques poètes, Breton, Appolinaire, Beaudelaire, Vian et aussi Garcia Marquez pour lequel j'ai une véritable fascination, et puis d'autres encore, "les Hauts de Hurlevents", lus et relus, me croyant l'âme de la fantasque Kathy, Jane Eyre, dont l'histoire hantais mes nuits, et puis, et puis...tout ce que j'avais pu charrier dans un gros sac à dos de l'armée qui me sciait les épaules et les reins, donc bien peu de choses, au final.. Sans gène et sans vergogne, Mâdame s'était permise un petit tour d'inspection dans ma chambre, y avait découvert mon goût pour la lecture et je fus conviée, séance tenante, à motiver mes choix. Une bergère, pensez!
J'ai bien vu que ça l'avait un peu contrariée, elle ne pouvait pas me traiter aussi rudement que le reste du personnel, et m'avait déjà tancée pour mon aptitude à me rebiffer.
Corinne, oui je me souviens, c'était Corinne; la bonne, était avec le berger (mais c'est un autre histoire) ma seule compagnie.
Lorsque je rentrais, éreintée, aux heures des repas, j'avais en face de moi ce faciès de lune, docile, soumise, et sans aucune conversation. Les repas me semblaient interminables, accompagnés par un poste de radio beuglant dont la bougresse avait choisi la station.
Nous mangions aux cuisines et le repas était ponctué par la sonnette de Mâdame, qui trônait, avec ses deux fils, dans une des salles à manger. Corinne se levait, au garde-à-vous et filait satisfaire (péniblement!) aux caprices culinaires de la petite famille. Quelques instants de solitude salvatrice, en pointillé.
En plus de l'entreprise familiale, Mâdame possédait un élevage de Saint Bernard, ces mastodontes faits pour le secours en montagne. Mais ceux-là étaient élevés pour les concours, ils avaient des patronymes bien plus longs que leur maîtresse, tous de haute lignée et ne mangeaient que des poulets: l'entreprise de Mâdame faisait dans l'abattage et le conditionnement de poulets par millier, de ces volailles dont vous pouviez, en vous forçant un peu, manger les os.
C'était un nom célèbre, à l'époque, on ne mangeait quasiment qu'eux. La boîte a été rachetée, il y a bien longtemps.
Donc, au menu: poulets. Tous ceux qui avaient passé la date de péremption et que l'on entassait dans de vieux frigos à proximité des chenils. Le premier jour, c'était à peu près supportable, mais les bestioles gonflées à bloc par d'étranges aliments empestaient très vite la charogne. Inutile de dire qu'il m'incombais de nourrir les chiens. Surtout ne pas oublier la combinaison, le Saint Bernard ça bave! je ressortais des chenils, écoeurée et couverte de bave, de la tête aux pieds.
Mâdame m'avait à la bonne, donc, et décida qu'il était tant de parfaire mon éducation en m'emmenant à un grand concours de clébards. Elle avait surtout besoin d'un larbin pour lui tenir l'un des deux chiens qui allaient être présentés.
Je n'avais pas eu le choix et montait donc, à contre-coeur, dans une mercédès rutilante, traînant crânement une remorque de première classe pour nos deux stars. Au volant, les cheveux libérés de l'éternel chignon qu'elle portait au Domaine, Mâdame avait adopté une tenue digne de l'évènement: cuir de haut en bas; veste cintrée ouverte sur un sous pull moulant dévoilant moultes bourrelets, pantalon sur mesure, sans aucun doute, bottes cirées à talons bien trop hauts pour cet échassier vaguement rouquin, et le tout était noir, sans doute dans le soucis d'élancer un peu la silhouette.
Je ne sais plus au juste où nous nous rendions, mais la route fut longue et l'arrivée....triomphale!!!
à suivre...
Docteur V
Il me pose, sans conviction, quelques questions d'usage, prends des notes en silence, puis lève le nez pour me regarder enfin, l'oeil chafouin et la bouche calée sur un éternel rictus, qu'il croit peut-être pouvoir passer pour un sourire. Il m'ausculte de façon mécanique, comme une vieille bagnole dont tous les rouages fatiguent. Je viens de lui expliquer que , malgré le traitement, je recommence à souffrir, que les douleurs nocturnes se sont remises en place.
Nuque très raide, c'est normal, je ne prends pas un remède miracle, il est content puisque le reste du corps a regagné en souplesse et que mon indice "NASDAI" (critère d'évaluation du stade de la maladie), bien qu'ayant remonté légèrement, reste stable en nette diminution depuis le début du traitement. Prise en charge de la douleur: Doliprane. Un emplâtre sur une jambe de bois puisque seule la morphine parvient à me donner un peu de répit dans ces moments-là. Heureusement, j'ai un généraliste qui est dans l'empathie et la compassion et estime que j'ai droit au confort de médicaments que l'on distribue enfin quand rien d'autre n'y fait. Les effets secondaires sont dilués par ceux, bien plus violents, de mon traitement, quant à la dépendance, elle est surpassée de loin par le soulagement, j'essaie de ne pas culpabiliser. Je ressors du cabinet, mon ordonnance bleue ente les mains, dite ordonnance de produits d'exception. Il a fait son job. Six mois de paix pour lui.
La première fois que je suis venue au cabinet, il était associé et la salle d'attent ne désemplissait pas. Une à deux heures d'attente étaient chose courante. Seulement, ce n'est pas lui qui s'occupait de mon cas, mais sa collègue, une grande et jolie jeune femme au physique androgyne, qui avait pour réputation "de ne pas être aimable". C'est tout de suite passé entre elle et moi, je me suis sentie écoutée, prise en charge physiquement et moralement, cette femme avait la foi et le sens de la compassion. je l'ai vue deux fois, c'est elle qui avait émis l'hypothèse de me mettre sous antiTNF ALPHA.
on s'est vues deux fois, rendez-vous était pris pour une prise en charge à Clermont par un Professeur qui prendrait la décision finale, car lourde.
C'est mon généraliste qui m'a annoncé sa mort, quelques jours avant mon rendez-vous. Elle rentrait d'une conférence dans un coin reculé de Corrèze, au petit matin. Elle a échoué contre un arbre, il a été naturellement conclus qu'elle s'était endormie au volant. L'ironie du sort est que j'appris que son mari était tétraplégique depuis des années suite à un accident de voiture de même nature. Etait-ce un hasard? je la regrette encore et quand je vais au cabinet, qui curieusement n'est plus jamais bondé, j'ai un petit pincement au coeur quand je passe devant sa porte, la plaque portant son nom toujours gravée, comme si elle allait revenir un jour.
Finalement, peut-être que le docteur V se protège de la souffrance de la perte de sa collègue, petitement vouté dans son carcan d'apparente indifférence...Je voudrais dormir, DORMIR.
Mâdame
Elle me fit appeler dans ses appartements, ma chambre se situait juste à côté, sous sa vigilance. Je fus un moment hésitante, elle ne m'avais jamais laissé pénétrer dans son espace privé, mais ses appels plus stridents me confirmèrent qu'ils m'ettaient bien adressés. J' approchais, hésitante, intimidée et intriguée à la fois. La maison , sombre et solennelle, ne m'avait jamais rien inspiré d'un foyer, un endroit chaleureux et convivial. Le lieu était à son image, glacial, un peu effrayant, monumental, ostentatoire, sans âme.
"Vous pouvez rentrer, je suis dans la salle-de-bain". Un lit monumental, des tapis somptueux, une chambre de Reine, meubles d'époque, comme tout ce qui se trouvait chez elle. J'avance à pas feutrés vers la lumière et l'odeur agressive du parfum de ma patronne. Une apparition virevoltante me laisse bouche bée: Mâdame, un mètre quatre-vingt-dix, cent-cinquante kilos au bas mot (j'ai l'habitude d'évaluer le poids des bestiaux!), tourne délicatement sur elle même, le rouge aux lèvres et les bras nus. Elle est vêtue d'un paréo ramené d'un dernier voyage dans les îles, je n'en sais plus bien les motifs, mais ils étaient des plus criards sur la personne, quelque bestiaire s'y envolait, si je ne m'abuse. De ces bouts de tissu exotiques qui ont un rendu magnifique sur les vahinés qui le portent en faisant rouler leurs hanches au son du Tamouré.
Mais voilà, Mâdame n'avait rien d'une vahinée, ses gros bras blancs pendouillaient de chaque côté du tissu gracieusement noué au milieu de ses deux énormes seins qu'on voyait choir sous l'étoffe. Elle était pieds nus, les genoux tombant sur les mollets, les mollets sur les pieds, deux poteaux d'albâtre campés bien droit, le visage légèrement relevé, le port altier, elle me dit:
"Je pars en vacances, je comptais porter ce paréo, n'est-ce pas un peu trop voyant?
VOYANT??? comment ai-je pu garder mon sérieux, ne pas pouffer comme gamine que j'étais, ç'eut été légitime, mais ça ne lui aurait mais alors pas du tout pu. Le "dodo" boudiné attendait le verdict, l'oeil bovin, le sourire rouge vif.
On attendais de moi, bergère et fille à tout faire, un avis précieux sur une question de bon goût.
"-C'est ravissant, ça doit être agréable à porter, vous y serez très à l'aise et les couleurs vous vont à souhait". Le bonheur total dans ses yeux! "vous êtes sûr? je ne voudrais pas paraître ridicule!
-"Oui, vraiment, sans hésiter".
Elle me congédia d'un signe de main, et s'en retourna, magistrale, finir de se faire belle dans son petit boudoir.
Je fonçais dans ma chambre, étouffant dans l'oreiller un fou-rire difficilement contenu, qui m'arrachait des larmes tant il était violent, et me jurais bien de ne jamais oublier cette scène ubuesque
A suivre...
Je fais mes gammes...
Je fais mes gammes, pour tenir la clé, ne pas perdre la portée, je fais mes gammes pour oublier.
Oublier ce froid qui rentre en moi, même quand le soleil donne, mais aujourd'hui, il ne donne pas. Le brouillard se colle à mon âme, plaqué contre la fenêtre, et je rêve d'un bon feu de cheminée. je m'y blottirai, lovée dans le gros fauteuil en cuir, et j'écouterai de vieux disques, ceux qui ont traversé le temps avec moi, un, deux, trois, voilà la mesure qui bat. j'ai beau fermer les yeux, mes petits yeux de chat, je l'entend qui me dit "la discorde s'installe, tu viellis, tu viellis, tu as perdu l'oreille et laissé s'installer les fausses notes". Aïe, arrète ça, cesse de battre et laisse moi profiter de mon feu de bois. Mais le bois n'est pas encore rentré, elle est vide , la cheminée, comme mon coeur que guète l'hiver, trop de pleurs et trop d'êtres chers. Je suis seule, mais auprès de toi.
Je fais mes gammes pour oublier, oublier que rien ne doit durer et croire encore, juste une fois do mi la ré do mi la ré do sol do fa (Barbara: Une petite cantate").
A crever...
Triste à crever, elle erre et déambule, de pièce en pièce, s'abrutit dans des tâches absurdes, pour ne surtout pas penser...pourtant, elle n'a envie de rien, voudrait pouvoir s'échouer, absente, déconnectée, dans le fond du canapé et laisser échapper sans retenue les larmes qu'elle ne peut plus cacher. Le fil de sa vie, tissé et retissé, s'effiloche, et il faut sans arrêt reprendre le métier...et la voilà laide, et la voilà soudain vieille, elle dont le coeur avait cessé de battre vraiment à seize ans, ou peut-être était-ce bien avant. Pathétique, elle se cache aux quatre coins de la maison, pour qu'on ne voit pas sa gueule de chien battu. Non, décidément, elle ne peut plus se battre, elle parvient juste à se débattre dans le néant de sa vie, le fil s'est cassé, trop d'amour perdu, il y a trop longtemps, on ne répare plus les blessures du temps. On a beau lui répéter qu'on l'aime, que tout va s'arranger, elle s'essaye à un vague sourire, pour donner le change,faire croire que tout s'arrange, mais le premier jour, la première heure, la première seconde, il n'y avait personne; il y a trop longtemps, on ne répare plus les blessures du temps...
La Maison d'où l'on part, la Maison d'où l'on vient...
Je viens de nul part
D'ailleurs je ne vaux rien
J'ai erré au hasard
Et j'ai fais mon chemin
J'ai vécu dans le noir
J'ai dormi comme un chien
Ma chambre c'est le soir
Et je m'y niche bien
J'ai perdu mes racines
Aux quatre coins de France
J'ai pleuré la colline
Et maudit la Provence
Puis une fois de plus
J'ai posé mes bagages
Pour un terre drues
Un Divin paysage
Ce fut une bataille
Faite la rage au coeur
Je m'y fis des entailles
Mais j'en sortis vainqueur
Je ne veux plus me battre
Je suis si fatiguée
Mais vivre au coin de l'âtre
C'est un peu s'étioler
C'est ainsi que j'avance
Le coeur de guingois
Entre joies et souffrances
J'ai toujours un peu froid
Je ne sais toujours pas
Malgré le temps qui passe
Si je me sens chez moi
Ou si je suis tenace
Je crois qu'où que je sois
J'encrerai mes pieds droits
Dans un port choisi
Pour un jour, pour une vie...
JEAN (suite)
Nous grimpions la colline encore fraîche, et je leur lâchais la bride une fois que j'avais obtenu d'elles qu'elles montent à droite de la source.
Je m'arrètais un instant pour m'abreuver et remplir ma gourde.
les brebis s'étalaient maintenant dans ce coin de Lubéron que seules nous arpentions, mangeant paisiblement dans la douceur du petit matin.
Jean n'avait pris qu'une matinée pour me montrer les frontières naturelles de notre territoire, qui couvrait plusieurs centaines d'hectares, et je passais mes journées à angoisser en me demandant si j'étais toujours dans mon bon droit, ou si je volais l'herbe d'un voisin. Je n'ai jamais rencontré personne, pas de bergers en tout cas, et Jean n'a jamais pu revenir avec moi pour faire jusqu'au bout le tour du propriétaire...
A neuf heures trente environ, les brebis étaient déjà toutes couchées sous les arbres pour une longue sieste, le ventre plein, accablées de chaleur. Je pouvais alors les laisser seules et rentrais à pied jusqu'à la vieille demeure de pierre.
alors que sa femme et ses deux enfants dormaient encore, Jean m'attendait dans la cuisine, mon thé infuser sur la table, et de grosses tranches de pain frais, de fromage et de melon accueillaient mon retour. Il souriait de voir ma peau rougir, puis foncer, mes mains pleines d'ampoules devenir calleuses, il me parlait longtemps de son savoir sans fin, de sa passion des brebis. Il n'était pas d'origine rurale, né dans une famille bourgeoise d'Apt, il avait déjoué les ambitions paternelles de le voir reprendre un jour l'entreprise ancestrale et était parti à Rambouillet faire un B.T.S. productions Animales. C'était un paysan atypique, cultivé et ouvert malgré ses airs d'ours; il avait un caractère tempétueux et un coeur d'or. Je l'ai tout de suite admiré, et quand je pensais à lui, c'est le mot "Maître" dans ce qu'il a de plus noble qui me venait à l'esprit.
Je ne remontais aux brebis que vers dix-sept heures, la chaleur les tenait à leur place jusqu'à ce que je les en déloge pour des quartiers plus bas, des quartiers du soir. En attendant, j'aidais aux foins jusqu'à midi, prenait le repas en commun avec la famille de Jean enfin au complet, puis nous gagniions tous les deux nos chambres pour une sieste réparatrice.
J'avais un petit appartement aménagé dans le grenier, contigu à la maison, mais indépendant. Une chambre fraîche au lit mou, un petit canapé d'un autre âge et une salle-de-bain vieillotte qui sentait le moisi: un vrai paradis quand on a dix-sept ans!
Mes siestes ressemblaient à des comas, tant l'épuisement était intense. je sombrais, à peine l'oreiller frôlé, happée par un vide absolu, c'était délicieux. le réveil était parfois difficile, d'autant qu'il me fallait encore aider aux champs avant de rejoindre mes bêtes.
Il fallait souvent les déloger de la colline à coup de chien et de claquement de fouet. le chien et moi finissions parfois également aphones de cet exercie quotidien. Uen fois parties, c'est la soif qui les fazisait courir et je les laissaient aller seules aux abreuvoirs pour les rejoindre à mon rythme.
Il fallait ensuite enjamber le Calavon par un passage ou la rivière, presque asséchée, ne leur faisait pas craindre la traversée.
Elles se repaissaient alors de repousse de fauche ou de restes de chaumes où trainaient encore ça et là quelques céréales épargnées à glaner.
La journée finissait aux alentours de minuit, Jean m'aidait à rentrer le troupeau et on prenanit à la hâte, seuls dans la m:aison endormie, une repas souvent froid, l'heure n'était plus à l'échange, et les nuits si courtes.
SANDRO, un homme libre
Partager un instant un pan de vie à travers le regard et les mots, eh oui, c'est le jour du "rendez-vues" avec Tat, notre petit moment de connivence, celui où des mondes et des vies se rapprochent jusqu'à l'intime...Tat, la lumière sur mon tableau noir!
photo: Tatiana texte: Mel
Le maquillage ne masque plus les fissures du temps. Qu'importe, le geste est sûr, le trait impeccable, et tant que la vie l'y invitera, il restera le symbole de l'enfance, le visage de l'éternelle jeunesse. C'est le regard des autres qui le préserve. Il y voit toujours l'émerveillement, et même les adultes retrouvent en lui l'innocence juvénile; rires et cris de joie sont son quotidien. Quel métier merveilleux que de rendre les gens heureux...
Il se souvient, nostalgique, du premier nez rouge, une boule de plastique qui laissait deux grandes marques douloureuses sur les ailes du nez...
Sandro est un solitaire, il n'aime pas les murs, les carcans, les troupes et leurs ego ravageurs...c'est dans la rue qu'il se sent le plus en symbiose avec l'humanité, il n'y est jamais vraiment seul, mais toujours libre.
Il vit de son art, difficilement, mais avec fierté, chaque rire est un cadeau, et il en a beaucoup!









