Voici un nouveau texte illustré par une photo de Tat, notre rendez-vous mensuel!

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La vie semble figée, dans ce clair-obscur qui donne à la fine couche de neige recouvrant le sol des airs de miroir. Je jurerais apercevoir, à contre-jour, des passants éblouis par leur propre reflet. Des flaques de soleil percent le ciel encore bouleversé par ce petit filet d'hiver qui floconnât sur l'aube.

Les réverbères semblent de joyeuses rotubérances au-dessus des arbres décharnés; avec un peu d'imagination, on pourrait croire des cloches prêtes à carillonner pour appeler de leurs voeux le printemps.

Nous nous sommes tous arrêtés, me semble-t-il, envoûtés pat cet appel quasi céleste; chacun d'entre nous guette le changement à peine perceptible, un improbable chant d'oiseau, un bourgeon encore fermé, blotti dans son duvet, un rayon chaud posé sur un visage. On se hasarderait à enlever bonnets et écharpes, à détacher les boutons d'un gros manteau de laine, et l'on se déciderait enfin à reprendre chacun le cours de nos vies, ombres aux sourires lumineux, les pieds foulant avec allégresse la neige déjà liquéfiée, le printemps dans les yeux.