Elle s'est levée au beau milieu de la nuit glaciale, à moitié nue, prenant soin de ne pas réveiller le compagnon du moment. Elle est sortie dans la nuit glaciale, pieds nus, à traversé le village endormi, sans un mot, sans un cri, à moitié nue.

Elle s'est dirigée vers le ravin, celui qu'elle avait probablement repéré, seule, à moitié nue. Elle a sauté, sans un mot, sans un cri, loin, très loin au fond du ravin. On l'a retrouvée, les os brisés, le visage éclaté, à moitié nue dans le petit matin glacial, partie comme elle était venue, sur la pointe des pieds, avec ses secrets, une fille un peu étrange, un peu en marge de tout, juste quelques éclats de voix les soirs d'abus, et c'était tout.

Le plus troublant, le plus violent, fût cette deuxième mort, au vu de tous, celle-là, on ne pouvait pas l'ignorer, impossible de passer notre chemin sans y accrocher le regard...il avait déposé, à côté de la décharge, dans de grands cartons à ciel ouvert, tous les habits de Marie-Jo, et cet empilement bigarré, ces couleurs vives, joyeuses, qui avaient été elle et dont elle s'était dépossédée avant la mort, tout cela, donc, nous sautait aux yeux, comme un affront, un dernier et ultime abandon, une gifle dans le matin glacial.

Qu'avait-il voulu signifier, ce dernier compagnon, par ce geste spontané et plein de provocation?

Peut-être simplement était-ce sa façon d'exprimer se souffrance et sa rage de se retrouver seul, va savoir, d'ailleurs on ne saura jamais...

Masi si je n'ai pas vu le corps de Marie-Jo, écrasée au bas du ravin, c'est dans ce tas de vêtements que j'ai vu la mort toute nue, dans le petit matin glacial.