Aujourd'hui, encore, le vent glacial donne au paysage un rythme chaotique...un hiver de glace, tardif et persistant qui me donne envie de franc soleil sur ma peau, de celui qui brûle si on s'y colle trop...je voudrais baigner mon corps nu dans une mer tiédie, sentir le goût du sel sur mes lèvres et me laisser porter par des vagues douces, le clapotis de l'eau, je rêve d'été...

Ce vent me ramène en Crau sèche, cette terre sauvage aujourd'hui dévorée par l'exploitation de l'homme, des hectares de pêchers et abricotiers à perte de vue qui ont définitivement altéré l'écosystème. Je nous revois tous deux pliés par le mistral, nos grandes capes de bergers pesant sur nos frêles épaules, observant le troupeau dispersé à l'infini, levant les pierres pour y trouver cette herbe rare et si nourrissante que seule la Crau fournissait...me reviens alors cette odeur forte et douce des brebis, unique et irremplaçable...c'était précisément à cette époque, à la fin de l'hiver, quand les prés étaient encore trop pauvres et qu'il fallait économiser au mieux le foin qui s'épuisait, la chaleur n'était pas au rendez-vous, mais le soleil!!le soleil et les oiseaux...des oiseaux rares aux noms étranges qui nous gratifiaient d'un incessant ballet, gracieux, cocasse ou intriguant, un spectacle permanent, un festival de couleurs et de formes qui enchantait nos journées et peuplait nos rêves. Tout cela est si loin, je me sens soudain vieille de tant de souvenirs, et pourtant si riche aussi d'une expérience que personne ne connaîtra plus. Moi qui ne voulais pas céder aux sirènes de la nostalgie!

Outre le vent, moins intense qu'en Crau, mais plus froid, aucun point commun entre mon coin de Cantal perché et cette étrange steppe, si ce n'est la pureté du paysage que rien ne défigure ni n'altère, et c'est sans aucun doute ce qui m'a plu ici, au soleil près...il me manque cruellement et je sens déjà en moi l'envie irrépressible d'ailleurs, encore et toujours, elle m'a toujours poussée plus loin et je ne connaîtrais jamais le goût de l'enracinement, ce n'est pas ma nature. Prochaine étape, donc, le soleil, le soleil, le soleil...