les mots de MEL

"De deux choses Lune, l'Autre c'est le Soleil." JACQUES PREVERT

04 octobre 2008

As-tu gagné la terre, Noé?

Un chien est un chien, un chagrin, un chagrin

Qu'il s'agisse d'un chien, où bien de l'un des miens...

D'ailleurs, il était mien comme j'étais à lui

Il était plus qu'un chien, il était mon ami...

Son arche à lui, c'étaient les brebis, et son bateau, la bergerie. C'était un compagnon de travail, un grand partageur de passion. Un regard, un geste et tout était dit, il avait compris où et quand stopper le troupeau emporté par la faim ou la peur, comment ramener l'agneau perdu à sa mère affolée, il savait les délices de la sieste au soleil, à l'abri d'une pierre fraîche, quand les blanches chomaient. Il guettait notre arrivée, chaque matin, les yeux pétillants du bonheur de nous retrouver. Et puis les brebis sont parties, plus de bruit dans la bergerie, plus de complicité quotidienne. On a emporté chiens et baguages, au diable, en enfer, et voila que ton regard se voile, autant que le mien, comme si tu avais compris, toi aussi, que rien ne serait plus jamais comme avant. Tu es devenu triste, tu es tombé malade, et voila qu'aujourd'hui tu as gagné la terre, Noé...

Je sais, c'est un peu stupide, quand on a vu partir une grande partie de sa famille, de parler ainsi d'un animal, mais même si un chien n'est qu'un chien, un chagrin ça reste un chagrin...

Posté par caramelblog à 17:40 - coups de blues - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 avril 2008

RAGE

ROURE2

Quatorze années que je vis perchée sur ce rocher, à me battre contre le relief, la sécheresse, les cerfs qui mangent l'herbe des brebis, les loups qui attaquent le troupeau, malgré une surveillance sans relâche...

Cette année, pour la première fois depuis quatorze ans, je ne me suis pas levée la nuit pour surveiller l'agnelage, je n'ai pas entendu, jusque dans mon sommeil, le bêlement ininterrompu des agneaux et de leurs mères qui se perdent et se retrouvent sans cesse, à l'odeur, à l'instinct.

La bergerie est vide,comme mon coeur, comme ma vie, et ce n'est plus contre le palpable et le rationnel que je me bats aujourd'hui, mais contre la haine et la jalousie.

La situation serait absurde, si elle n'était pas désespérée: on a refusé notre projet, avoir des envies de développement, là ou d'autres ont préféré partir que de se battre pour leur terre, ce n'est pas acceptable. Alors, on nous a priés de remballer nos ambitions, de mettre nos rêves, si concrets, au placard. Ailleurs et autrement, loin des tracts assassins, des lettres anonymes, de la rumeur distillée depuis des mois, c'était une évidence, pour pouvoir reconstruire le rêve brisé.

On a trouvé l'ailleurs et aussi l'autrement. On s'est pris à y croire jusqu'à ce que tout s'effondre. Changement de maire, de conseil municipal. Les auteurs de notre infortune sont passés au pouvoir et nous voila plongés dans l'abîme de l'incertitude et coincés là, au beau milieu du néant, le regard figé sur la bergerie vide, comme une punition. Ils n'ont plus voulu de nous, mais ne nous laissent pas partir, il faut que l'on paye. Mais quoi? Quatorze années à se plier à la vie du village, à participer activement à toutes les manifestations qui s'y passaient, à faire des repas pour plus d'une centaine de personnes, à vouloir à tout prix la reconnaissance de notre intégration. Quatorze années à entendre les élus locaux faire l'éloge de notre réussite, de notre partenariat, et se retrouver, seuls, totalement seuls, désespérément seuls, pour avoir manifesté le désir de vivre mieux, d'alléger la pression du travail en favorisant le développement du village...comment se remettre d'une telle injustice? comment ne pas succomber, à notre tour, à la haine et à la rancoeur?

Je ne veux pas leur donner ce plaisir, je ne veux pas leur ressembler, mais c'est si insupportable de se sentir comme une bête traquée.

La bergerie n'est pas vide, le loup y est entré et je n'entend plus que le silence des agneaux.

Posté par caramelblog à 11:26 - coups de blues - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2008

Mel Ancolie

Je n'ai rien vu venir...

Comme tout le monde, je lui ai dit de se secouer, de se reprendre, les mots qu'on m'avait déjà dits tant de fois, ces mots qui font si mal quand justement on est incapables de réagir au mal-être profond qui vous envahit et vous met à terre, sans une once de volonté.

je n'imaginais pas que ça puisse lui arriver, à lui, mon pois sauteur si ouvert, si vivant, si séduisant...j'ai cru à de la paresse, puis à de la fronde, et il s'est fermé, totalement...les portes qui claquent, les larmes qui coulent sans raison apparente, le silence, le regard vide et l'assiette pleine, les nuits qui vous engouffrent comme un puits béant, les yeux grands ouverts sur la terreur des heures stagnantes.

Et moi qui crie, qui crise, qui refuse de comprendre, comme tous les profs , qui lui collent des zéros et des rapports à tout va parce qu'il rend copie blanche à un devoir dont il sait le contenu par coeur...

Je m'en veux d'avoir tardé à ouvrir les yeux, de n'avoir pas été la première à mettre un mot sur ses maux.

En larmes dans le bureau du CPE, en larmes au milieu des profs, je me répand, je ne maîtrise jamais mes chagrins, aucune dignité, mais je lis dans les yeux de tous ceux-là la compréhension et la culpabilité partagée.

Quelques séances de pédo psy plus tard et les mots se libèrent au milieu des sanglots, si durs, si douloureux, si violents pour lui même, mais si libérateurs. Ce presqu'ado, cette encore enfant qui dit sa peine avec des mots d'adulte se blottit dans mes bras, libéré de ses démons.

je reste vigilante, les profs l'encouragent dés le moindre effort, il recommence à croire en lui, doucement.

Il me pousse dans le coeur une fleur pour recueillir les larmes de mon fils et les rendre perles de rosée, elle est si grande qu'elle absorbera toutes les peines, cette ancolie...

Image_2

Posté par caramelblog à 09:15 - coups de blues - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 novembre 2007

Etat de crise

La douleur est un enfermement, c'est la définition absolue de la solitude.

Personne ne soupçonne ni ne comprend ce que l'on peut ressentir, les mots ne sont pas assez forts.

Mon corps est un carcan qui m'emprisonne à chaque crise, et mon lit devient une cage au somptueux baldaquin que je ne peux quitter qu'en petits morceaux, le visage exsangue, d'horribles cernes mauves et gonflées sous les yeux.

Je ne me reconnais pas, ce n'est pas moi, cette souffrance, ce n'est pas juste; je m'en veux de ne pas être plus forte qu'elle, et pire, je me rend bien compte qu'elle prend de plus en plus de place dans ma vie, qu'elle me dévore, me transforme, me phagocyte, toute puissante.

Et voilà que la culpabilité me dévore...serais-je capable de relever le défi d'une nouvelle vie à venir, avec un tel handicap, il faut tant d'énergie et je suis si souvent au bord de l'épuisement.

Jusqu'où ira la maladie? ou trouvera-t-elle ses frontières? Me quittera-t-elle avant qu'il soit trop tard, qu'elle m'ait tant abîmée que je ne pourrais plus que subir?

j'ai tant cru à ce régime alimentaire qui semble soulager d'autres personnes atteintes de la même maladie que moi, je m'y suis jetée "à corps perdu", c'est le terme adéquat...je ferais, presque, n'importe quoi pour aller mieux.

Six mois à me priver  de mes plus grands plaisirs culinaires, pour voir mon état empirer, mon empire sur moi s'écrouler, m'isoler un peu plus du monde des vivants...

Vivre, c'est bien de cela qu'il s'agit...j'ai déjà eu tant de vies, si riches, je ne veux pas m'arrêter en si bon chemin...et pourtant!

Il m'arrive de ne plus en pouvoir, de vouloir très fort que tout ça cesse, de n'avoir plus le courage de supporter cette douleur qui m'envahit, malgré des doses de morphines toujours plus fortes et de moins en moins efficaces. Je sais que je n'ai pas le droit d'avoir de telles pensées, ceux que j'aime ne méritent pas ça, alors ça passe, forcément, jusqu'à la prochaine fois. Cette fois-ci, j'aurai au moins pu exprimer, un peu, ma torture, je sais que ça m'apaise.

Posté par caramelblog à 08:03 - coups de blues - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 février 2007

particule élémentaire...

Je m'était juré de ne pas lâcher l'écriture plus de deux jours, malgré le travail et la fatigue...

mais c'était compter sans la "molécule en rupture" qui fait de moi un tas de cendres vidé de toute substance...pas de mots assez forts pour me libérer du carcan qui enferme mon corps, je me sent seule,, si seule, personne à qui faire partager ma torture. Je voudrais avoir le droit de me plaindre, être à mon tour portée, moi qui porte tant. D'ailleurs, c'est en fait la cause de tous mes maux : je porte trop; Pas de charges lourdes, m'a dit le professeur, enfin plutôt l'a-t-il dit à ses sbires qui me regardent, inquisiteurs, me font plier les membres dans tous les sens, à moitié nue, grelottante de froid et d'angoisse.

C'est bien une SPA, qu'il a dit, le professeur. Abréviation curieuse qui fait plus penser à une pension pour clébards abandonnés qu'à une maladie.

Alors me voilà dépendante d'une petite boîte, fabriquée par un gros laboratoire et voilà ce gros laboratoire qui oublie de fabriquer ma petite boîte. Pas grave, il n'y a pas beaucoup de "consommateurs ", c'est pas un produit phare et puis d'abord ce sont essentiellement les hommes qui sont atteints de SPA ,alors, bon, faut quand même pas que je la ramène trop, hein.

Ca fait quatre jours que je me bat avec mon corps, plus qu'à l'accoutumée,  que je me réveille la nuit en pleurant ma souffrance, ma rage, mon impuissance. Quatre jours, c'est pas grand chose...quatre jours en enfer, merde!

Je n'ai plus jamais revu ce vieux con de professeur, qui a fait de moi un résumé en trois lettres, qui me considère, comme le gros labo, comme une particule élémentaire.

Mon toubib, un vrai médecin 'de campagne" se bat pour moi, mais il est bien seul, lui aussi, ça fait bien quatre ou cinq fois qu'on me fait le coup de la rupture, qu'on menace même de supprimer purement et simplement le seul médicament capable de me rendre la vie "supportable". Au secours...

Posté par caramelblog à 17:17 - coups de blues - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 janvier 2007

INSOMNIE

Je ne sais plus très bien si c'est la souffrance ou la peur de la souffrance qui a ouvert mes yeux, tordu mon corps, miné mes rêves...me voilà enfermée dans la nuit, si seule auprés de ton souffle lourd et régulier, de ton sommeil délicieux que je voudrais goûter...

Mon corps se déforme et s'alourdit, se tourne et se retourne frénétiquement, sans répit, contre mon gré; puis se sont mes pensées qui s'appesantissent, deviennent de plomb, triturent sans relâche mon esprit torturé. les mots se bousculent, veulent sortir d'un bloc, mais ils restent là, au bord de l'abîme, ne pas tomber...

Demain, je parlerai, j'écrirai ces lettres que je n'envoie jamais, je jetterai ces bouteilles à la mer, je me libérerai du cri silencieux, ce poids des mots oubliés, tus, tués.

Hurler le silence et se taire au matin, grelotter de fatigue et vouloir tout dire, pouvoir coucher le flot, enfin, se libérer...

Voilà un jour nouveau, l'envie de renaître enfin, ce soir je dormirai, mon corps apaisé se fera léger et souple, mes rêves seront doux et lisses, sous mes yeux enfin clos le flot des mots prendra un débit régulier et serein, un ruisseau pour agrémenter la rivière et non plus un torrent qui emporte tout sur son passage, sans rien laisser qu'un goût amer. J'écrirai!

Posté par caramelblog à 09:50 - coups de blues - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1