15 février 2009
Il faut s'accrocher à ses rêves
Une année d'exil plus tard, une parenthèse que j'oublierai parce qu'aujourd'hui je m'autorise à jubiler, à laisser battre mon coeur sans retenir mon souffle, et me revoilà sur ces terres qui me font tant vibrer.
J'épouse du regard le rêve abandonné et le cri de joie au fond de moi n'en finit pas de raisonner. Je m'essaye à la retenue, j'invente encore parfois le pire, mais je sais au fond de moi qu'il est loin derrière, dans la noirceur de pensées rances.
Moi la déracinée, j'ai trouvé ici, depuis le tout premier jour, la beauté sauvage qui répond si bien à mon âme errante. Ce pays rude et majestueux me fais fondre en larmes, d'amour, le quitter fut un terrible chagrin, revenir une résurrection.
Je goûte en secret, pour quelques jours encore, le plaisir de fouler ces terres qui sont presque miennes, d'admirer cette bâtisse qui me possède plus que je ne la possèderai jamais.
Je suis amoureuse, toujours, encore, passionnément et si la passion dévore et consume, il y a bien longtemps que je m'y suis perdue, avec toi, et à part quelques feux de paille, ne reste que la braise des délices; je n'ai donc plus peur de rien, je sais ce qui m'attend et m'y laisse prendre...c'est ma liberté d'être ici, avec toi.
Le prix à payer: découvrir que l'on est capable de croire en soi, même si tout laisse penser qu'il n'y a plus d'espoir, s'accrocher à ses rêves, en faire un enjeu vital...et gagner!
05 janvier 2009
mamama
Mon premier mot d'enfant, trois syllabes qui voulaient dire que tu étais plus qu'une mère, plus que la grand-mère que le sort un peu forcé m'offrait; j'ai inventé pour toi le langage de l'amour, notre indicible lien...
C'est dans tes bras que sont venus mes premiers sourires, vers tes mains que sont allés mes premiers pas, à ton oreille que se sont formés mes premiers mots "ma ma ma". Quels bonheurs réciproques nous avons dû vivre, à ces moments là, ceux que j'ai oublié et ceux qui restent encore, malgré le temps qui m'a emporté loin de ton visage aimant.
Je ne t'ai jamais appelé autrement, ce mot n'allait qu'à toi, il t'était profondément destiné.
Quand je fus assez grande pour ne pas m'y perdre, je me glissais, le soir, dans ton grand lit en bois. Les draps, tiédis par la bouillotte, sentaient bon ton parfum sucré et fleuri. je me blottissais contre ton corps et tu me chuchotais des histoires qui faisaient un peu peur ou qui m'émerveillaient, puis je succombais au sommeil, au milieu d'une phrase, happée par l'édredon aux teintes soyeuses que tu tirais à moi.
Je me rappelle de la cuisinière à charbon sur laquelle mijotaient toujours des soupes ou des ragoût qui embaumaient la petite cuisine.
Je me souviens de l'odeur âcre du poêle à mazout dont les flammes changeantes rougissaient la vitre et racontaient à leur seule vue des histoires d'enfer.
J'ai gardé en moi l'odeur des pâtes fraîches et du civet que tu faisais, juste pour nous deux, c'était l'odeur du bonheur simple de deux oiseaux un peu perdus.
je ne me souviens pas des visites que mes parents ont dû me faire pendant cette parenthèse qu'ils avaient décidé, je ne sais plus les mots que j'ai eu pour eux, quand j'ai dis "maman", quand ils m'ont pris dans leurs bras...
Je me souviens d'après, quand ils m'ont enlevé à tes bras pour apprendre à vivre à trois, je sais t'avoir appelé dans mes cauchemars, m'être perdue dans la nuit, seule et hagarde. Je guettais le jour de nos retrouvailles et je gouttais déjà la mélancolie. Comme tu devais être triste à ruminer ta vie de solitude, dans ce petit appartement vide...
Et puis un jour, on est partis loin, très loin de toi, dans une ville champignon laide et sale, les gens n'y parlaient pas le dialecte que tu m'avais appris, personne ne voyait personne.
J'ai appris ta mort bien après que l'on t'ai mis six pieds sous terre, je n'ai pas eu le droit de te dire un dernier adieu, les adultes, ces imbéciles, croient vous épargner , je leur en ai tant voulu.
Aucun amour de mère, MA mère, n'aura jamais su prendre ta place dans mon coeur, il faut dire qu'elle n'a jamais rien fait pour y parvenir.
J'aurais bien aimé faire encore un petit bout de route avec toi, main dans la main, Alice, ma grand-mère, mamama...
22 décembre 2008
princesse d'un jour!
Je pars quelques jours m'allèger le coeur et retrouver les beaux enfants que j'ai laissé loin derrière moi...
Pensez à moi le 26 décembre, c'est mon anniversaire!
10 décembre 2008
stupéfiée
Ma sucette goût fraise fichée contre la joue, je laisse le poison enrobé emporter ma douleur, tout près de moi, mais si loin de mon corps. Comme un nuage lointain que l'imagination cueille, elle se matérialise dans la torpeur suave que ma bouche éparpille. Le bonbon déguisé m'offre vite le répit attendu et je rejette une fois encore le bâtonnet de plastique vidé de sa substance. Il me semble parfois que je prend goût à l'artifice de l'arôme, plus qu'à celui du remède,que je m'y accommode plus que je n'en suis addicte. S'il est une addiction, chez moi, c'est plutôt celle de ta chair, de ta peau, de ton corps solide d'homme bien portant, de ces muscles secs dont tu m'enveloppes, dans les bras d'un baiser. C'est à travers toi que j'existe et que je m'oublie parfois, c'est en toi que je puise la force de supporter sans broncher trop les distorsions de mon corps et mon âme. Je m'aide juste un peu, quand rien ne suffit plus. Je reste raisonnable, autant que la souffrance puisse contenir la raison, et puis l'orage passe, un de plus, je ne me cache plus, je démystifie.
29 novembre 2008
Le miroir
C'est une enfant blonde, au teint pâle et aux yeux de chat. Elle est seule dans l'appartement, à moins que sa mère ne soit encore blottie au fond du lit, coupée depuis longtemps des autres par les maladies imaginaires qui la terrassent depuis toujours.
La petite fille est dressée sur une chaise en formica prise dans la cuisine, le regard happé par le miroir-soleil, brillant de laideur, rutilant de mauvais goût. Quelque chose l'hypnotise, bien au-delà de la fascination de sa propre image. Elle cherche, dans ce regard impénétrable, ou se cache son âme, la vraie personne, celle qui a tant de choses à dire, et reste, impuissante, murée dans son silence. Par où trouver la brèche qui la rendra visible aux yeux du monde, comment dire ce besoin de vivre étouffé par la mélancolie, l'ennui, la solitude...
Elle a beau vouloir y croire, elle ne perçoit que le jaune irisé qui donne un éclat un peu étrange à son regard, une profondeur qui dépasse l'enfance; mais son âme se cache et elle se perd à oublier le miroir, les murs se referment et la solitude, écrasante, prend à nouveau le pas.
Quelque chose la ramène vers le réel, peut-être est-ce le râle de la mère, ce besoin permanent qu'elle a d'être protégée, laissant à sa fille le rôle qui devrait pourtant lui incomber, rognant à jamais l'innocence et la légèreté.
C'est elle, la mangeuse d'âme, l'enfant en a vaguement conscience, elle lui en voudra, c'est sûr, elle souffrira des maux d'une femme blessée, trop en manque d'amour pour pouvoir en donner.
L'enfant range sagement la chaise dans la cuisine et retourne, résignée, au silence de la mélancolie.
24 octobre 2008
Le Petit Prince ne meurt jamais
Où peut-être était-il de ces Anges déchus dont le désir d'aimer a rogné les ailes, blessures ouvertes à jamais, comme des stigmates magnifiées...
Il est si facile de retenir le côté sombre, celui qui le conduisit si souvent en Enfer, mais je ne vois en lui qu'un être incandescent, une aura de douceur et l'infinie tristesse noyée dans ce regard si trouble, emporté par tant de poisons salvateurs.
Quelques rôles forts sur la toile, beaucoup de violence, mais aussi un jeu délicat et sensible, une âme à fleur de peau, un talent qui n'a pas son pareil. Guillaume sera à jamais à nul autre pareil, et n'en déplaise à l'Ogre, si le Petit Poucet l'aime au-delà de tout et se bat à contre-courant pour perdre ses cailloux. Il s'est fait un prénom au prix d'une quête effrénée de reconnaissance, il a gagné, mais le prix de cette victoire est si cher payé...
Tu n'étais peut-être pas un Ange, mais tu emporte avec toi le Petit Prince tatoué sur ta peau afin qu'il t'apprivoise un jour sur sa minuscule planète et t'offre la rose qu'il aura embrassé.
Sais-tu que je pourrais te dessiner un mouton?
04 octobre 2008
As-tu gagné la terre, Noé?
Un chien est un chien, un chagrin, un chagrin
Qu'il s'agisse d'un chien, où bien de l'un des miens...
D'ailleurs, il était mien comme j'étais à lui
Il était plus qu'un chien, il était mon ami...
Son arche à lui, c'étaient les brebis, et son bateau, la bergerie. C'était un compagnon de travail, un grand partageur de passion. Un regard, un geste et tout était dit, il avait compris où et quand stopper le troupeau emporté par la faim ou la peur, comment ramener l'agneau perdu à sa mère affolée, il savait les délices de la sieste au soleil, à l'abri d'une pierre fraîche, quand les blanches chomaient. Il guettait notre arrivée, chaque matin, les yeux pétillants du bonheur de nous retrouver. Et puis les brebis sont parties, plus de bruit dans la bergerie, plus de complicité quotidienne. On a emporté chiens et baguages, au diable, en enfer, et voila que ton regard se voile, autant que le mien, comme si tu avais compris, toi aussi, que rien ne serait plus jamais comme avant. Tu es devenu triste, tu es tombé malade, et voila qu'aujourd'hui tu as gagné la terre, Noé...
Je sais, c'est un peu stupide, quand on a vu partir une grande partie de sa famille, de parler ainsi d'un animal, mais même si un chien n'est qu'un chien, un chagrin ça reste un chagrin...
24 septembre 2008
Elle revient...
Elle s'est égarée dans les rayons chamarrés de la belle boutique,et c'est Noël partout où ses yeux se posent, elle oubli tout, le décors, dehors, celui qu'elle n'a pas choisi, ces journées mornes qui lui laissent des cernes, tant elle s'étiole à se mettre en scène devant des imbéciles...
Elle tournoie dans les tissus chatoyants et se grise de leur beauté tangible, elle danse en rêve, et chaque pièce, unique, s'offre à l'arrondi de ses bras, elle s'enhardit à chanter, doucement, "je suis Princesse de chiffons, tous ici sont précieux, je les veux, je les veux...
Puis la petite robe arc-en-ciel l'envoûte, la happe, tournoie autour de ses hanches avant même qu'elle ne se soit souvenue de l'avoir prise, son corps étourdi chancelle de volupté, sa peau est devenue soie, son Amour est devenu Roi et rien, non, rien n'existe plus fort que ce tissu multicolore.
Elle quitte enfin la boutique, serrant fébrilement le morceau de tissu caché dans un petit sac couleur or.Elle le sait bien, ce trésor pour un temps enfoui rejaillira comme une fête dans un décor qu'elle aura choisi sur une scène où elle jouera vraiment sa vie.
Elle reviendra...
30 juillet 2008
D'aimer nager...
Je n'ai jamais aimé nager entre deux eaux...et me voilà emportée par des courants contraires, à me débattre en avalant des gorgées d'amertume à vous retourner le coeur...Mes bras s'agitent, frêles brindilles, et je suis bien trop loin de la côte pour que l'on m'aperçoive. L'amer n'existe pas, rien de ma réalité ne peut se voir du rivage et je bascule d'une vague à l'autre, pantin désarticulé que nul ne semble reconnaître...
Je déménage, de gros camions criards emportent ma vie et la trimbalent au gré de mes déboires, ils se garent au hasard d'un chemin, celui dont je ne voulais surtout pas, mais j'ai payé pour ce trajet précis et je n'ai plus de quoi me rendre à bonne destination, à bonne destinée. Je les aient suppliés, j'ai essayé le charme, mais rien, non RIEN n'y a fait. J'ai dû perdre ma séduction dans un carton, tout au fond d'un de ces maudits camions. Ils ont déchargé mon passé et j'ai eu beau chercher, je n'ai pas su trouver mon avenir au fond de ces cartons bien trop pleins. C'est là que j'ai perdu pied et bu la tasse. j'avais pourtant bien tout marqué: chaussures, vestes d'hiver, histoire d'amour, rires d'enfants, mes favoris, à venir...se pourrait-il qu'une faute d'orthographe ait détourné le cours de ma vie?
28 mai 2008
Histoire sans parole
-"Pourquoi tes lèvres tremblent-elles, quand je veux des mots"?
-"Pour empêcher mes yeux de s'embuer, mais ça n'y fait rien, ils s'embuent, ton visage se trouble et c 'est ma peine que je vois. Je suis le renard de l'histoire, celui qui veut tant être apprivoisé. Mais un renard n'est pas un chat écorché,et toi, comme Petit Prince, tu n'en fais qu'à ta tête...tu voulais des mots, écoutes mes larmes comme elles te parlent. Chaque goutte verte de mes yeux vient s'écraser sur mon cou et j'imagine cette rigole de larmes étouffée dans les plis du tissu, c'est absurde."
-"Tu ne dis toujours rien, une autre fois, peut-être. Allez, souris moi, au moins, un regard, un geste..."
-"Sourire, c'est bien au-dessus de me forces, mais je serais tentée par un grand éclat de rire, si improbable qu'il se muerait en fou-rire et bouillonnerait finalement en un flot sans fin, un flot qui en remplace un autre; je ne dis rien, mais je crie!"







