12 octobre 2009
Seraphin: encore et toujours
Je publiais, il y a déjà quelques temps de ça, un portrait sensible de mon si cher ami Séraphin. Si il est une personne que je n'aurais jamais rapproché de l'image de mon père perdu, c'est bien cet homme au coeur d'enfant que le mal, croyais-je n'atteindrais jamais;
Notre dernière visite, au printemps, je savais mais refusais d'y croire, il était le même, peut-être un peu plus exalté, si pressé d'amour que j'ai mal perçu cette urgence qu'il avait à vouloir me départir de ma pudeur, de cet empressement à vouloir de moi des mots que je ne réserve qu'à l'homme de ma vie. j'ai eu du mal à lui expliquer que je ne pouvais l'aimer comme il l'aurait voulu, on s'est un peu écorchés par courrier, et puis on s'est vite, très vite pardonnés nos maladresses réciproques. Il a suffit de quelques mots au téléphone.
Puis tout est allé si vite; il ne s'est plus alimenté; s'est affaibli rapidement, la maladie l'a dévoré, animal sauvage et sans pitié, alors qu'il était pleinement conscient de ce qui lui arrivait et pleurait à chaudes larmes cette vie qui le quittait alors qu'il n'était pas prêt, mais qui le quittait si lentement qu'il a vu son corps partir doucement alors que son esprit le torturait sans relâche.
Ses enfants étaient auprès de lui et j'ose à peine imaginer ce qu'ils ont eux-mêmes subit de chagrin et d'impuissance, alors que nous étions si loin de lui...
J'ai voulu poser là les photos prises lors du dernier printemps de sa vie. Impossible de les récupérer, elles restent bloquées dans mon portable et son sourire malicieux ne veut pas envahir la toile. j'essaierai plus tard, une fois encore, de récupérer ces moments de bonheur simples pour les offrir à ses enfants, en attendant nous ses amis avons reçu cette dernière photo en guise de testament, avec un très joli commentaire, écrit de sa main hésitante, une preuve de courage et d'amour qui ne nous quitte pas.
je passe chaque jour devant cette photo où se lit toute la tendresse du monde et je me dis qu'il est toujours là, quelque part, derrière le papier glacé, et surtout à travers ses enfants qui sont sa belle continuité. Nous ne sommes qu'au début d'une longue correspondance, je l'espère, la petite flamme à jamais transmise et qui ne s'éteint pas.
Un texto bref, un matin tôt: Séraphin est parti. Dis, quand reviendras-tu?
"la mort n'est pas une séparation, car l'Amour existe encore et toujours". SERAPHIN
Merci à tous les enfants de notre cher Séraph de m'avoir autorisé à publier ce texte.
23 juin 2009
Il voulait pas crever...
Cela fait aujourd'hui cinquante ans que Boris VIAN nous a quittés. Pourtant, bien au-delà de mes lectures adolescentes, ses textes auront laissé en moi une trace indélébile, un état d'esprit qui a façonné l'idée que je me faisais du monde et m'a aidée à tracer mon chemin en gardant en mémoire ce que peut être un esprit libre, un exemple intemporel du mot voyageur, qui se plie à toutes les fantaisies d'un homme qui sait ce qu'il ne veut pas.
Ce génial touche à tout, ce dandy cultivé, à été si innovant en son temps qu'il fut le plus souvent incompris, pire, il fut l'objet du scandale, lui qui avait tant besoin de reconnaissance...
C'est grâce à lui que les plus grands musiciens de Jazz sont venus jouer en France, de son idole absolue, Duke Ellington, au prince du be-bop, Miles Davis, en passant par Dizzy Gillespy, pour ne citer qu'eux.
Sartre et Beauvoir faisaient partie de ses proches, Prévert était son voisin et ami, Greco sa muse, Mouloudgi et Salvador ses interprètes, il baignait dans la legèreté de vivre avec la gravité du désespoir, pratiquait l'auto-dérision au vitriol et faisait mourir Chloé pour vivre un peu plus, essoufflant dans l'énergie de sa trompinette son propre nénuphar.
Non, définitivement, Boris n'est pas mort, et c'est un bel hommage qui lui a été rendu le 18 juin, sur ARTE, l'occasion de goûter encore la modernité de ses textes, de le voir se réjouir d'être toujours de ce monde, avec se grands yeux graves qui démentent parfois le sourire si généreux de cet ami fidèle et affectueux. Le Grand Équarrisseur nous enterrera tous!
"Quand j'aurai du vent dans mon crâne
Quand j'aurai du vert sur mes osses
P'tête qu'on croira que je ricane
Mais ça sera une impression fosse"...
Boris VIAN, tiré du recueil "je voudrais pas crever"
21 mars 2009
..."pourquoi tu me visais?"
Alain Baschung va me manquer, il me manquait déjà quand j'ai vu surgir cette ombre de lui aux Victoires de la Musique. Il respirait la souffrance, son corps meurtri était en route pour le dernier voyage, alors que sa voix à peine brisée nous offrait sa dernière mélopée, "j'sais pas pas pas...", nous laissait-il croire.
Je n'ai pas pu détacher mon regard de cette frêle silhouette, si belle et déchirante, j'ai bu les mots comme un vampire, jusqu'à la denièrre goutte, en serrant fort les poings pour qu'il ne fléchisse pas, agrippé à l'amour que le public ému lui portait.
Il y avait de la communion dans l'air, l'adieu conjugué à l'espoir, l'envie de croire jusqu'à tard que rien n'était encore perdu, et tant d'amour encore, à donner, à recevoir.
Mes larmes ont accompagné son départ, et ses mots dans ma tête se sont bousculés et conjugués les uns aux autres, "comme un leggo", étranges et poétiques, mêlant l'imaginaire à la mélancolie du monde, un zeste d'humour noir, quelques jeux de maux tortueux.
Je l'écoute à l'envie, pour me rassurer, me dire qu'il ne partira jamais vraiment, parce qu'il est unique et un peu de chacun de nous.
Il aurait pu écrire "Les fleurs du mal", il est mort à la fleur de l'âge, ses mots me visaient, je suis à jamais touchée.
05 janvier 2009
mamama
Mon premier mot d'enfant, trois syllabes qui voulaient dire que tu étais plus qu'une mère, plus que la grand-mère que le sort un peu forcé m'offrait; j'ai inventé pour toi le langage de l'amour, notre indicible lien...
C'est dans tes bras que sont venus mes premiers sourires, vers tes mains que sont allés mes premiers pas, à ton oreille que se sont formés mes premiers mots "ma ma ma". Quels bonheurs réciproques nous avons dû vivre, à ces moments là, ceux que j'ai oublié et ceux qui restent encore, malgré le temps qui m'a emporté loin de ton visage aimant.
Je ne t'ai jamais appelé autrement, ce mot n'allait qu'à toi, il t'était profondément destiné.
Quand je fus assez grande pour ne pas m'y perdre, je me glissais, le soir, dans ton grand lit en bois. Les draps, tiédis par la bouillotte, sentaient bon ton parfum sucré et fleuri. je me blottissais contre ton corps et tu me chuchotais des histoires qui faisaient un peu peur ou qui m'émerveillaient, puis je succombais au sommeil, au milieu d'une phrase, happée par l'édredon aux teintes soyeuses que tu tirais à moi.
Je me rappelle de la cuisinière à charbon sur laquelle mijotaient toujours des soupes ou des ragoût qui embaumaient la petite cuisine.
Je me souviens de l'odeur âcre du poêle à mazout dont les flammes changeantes rougissaient la vitre et racontaient à leur seule vue des histoires d'enfer.
J'ai gardé en moi l'odeur des pâtes fraîches et du civet que tu faisais, juste pour nous deux, c'était l'odeur du bonheur simple de deux oiseaux un peu perdus.
je ne me souviens pas des visites que mes parents ont dû me faire pendant cette parenthèse qu'ils avaient décidé, je ne sais plus les mots que j'ai eu pour eux, quand j'ai dis "maman", quand ils m'ont pris dans leurs bras...
Je me souviens d'après, quand ils m'ont enlevé à tes bras pour apprendre à vivre à trois, je sais t'avoir appelé dans mes cauchemars, m'être perdue dans la nuit, seule et hagarde. Je guettais le jour de nos retrouvailles et je gouttais déjà la mélancolie. Comme tu devais être triste à ruminer ta vie de solitude, dans ce petit appartement vide...
Et puis un jour, on est partis loin, très loin de toi, dans une ville champignon laide et sale, les gens n'y parlaient pas le dialecte que tu m'avais appris, personne ne voyait personne.
J'ai appris ta mort bien après que l'on t'ai mis six pieds sous terre, je n'ai pas eu le droit de te dire un dernier adieu, les adultes, ces imbéciles, croient vous épargner , je leur en ai tant voulu.
Aucun amour de mère, MA mère, n'aura jamais su prendre ta place dans mon coeur, il faut dire qu'elle n'a jamais rien fait pour y parvenir.
J'aurais bien aimé faire encore un petit bout de route avec toi, main dans la main, Alice, ma grand-mère, mamama...
24 octobre 2008
Le Petit Prince ne meurt jamais
Où peut-être était-il de ces Anges déchus dont le désir d'aimer a rogné les ailes, blessures ouvertes à jamais, comme des stigmates magnifiées...
Il est si facile de retenir le côté sombre, celui qui le conduisit si souvent en Enfer, mais je ne vois en lui qu'un être incandescent, une aura de douceur et l'infinie tristesse noyée dans ce regard si trouble, emporté par tant de poisons salvateurs.
Quelques rôles forts sur la toile, beaucoup de violence, mais aussi un jeu délicat et sensible, une âme à fleur de peau, un talent qui n'a pas son pareil. Guillaume sera à jamais à nul autre pareil, et n'en déplaise à l'Ogre, si le Petit Poucet l'aime au-delà de tout et se bat à contre-courant pour perdre ses cailloux. Il s'est fait un prénom au prix d'une quête effrénée de reconnaissance, il a gagné, mais le prix de cette victoire est si cher payé...
Tu n'étais peut-être pas un Ange, mais tu emporte avec toi le Petit Prince tatoué sur ta peau afin qu'il t'apprivoise un jour sur sa minuscule planète et t'offre la rose qu'il aura embrassé.
Sais-tu que je pourrais te dessiner un mouton?
12 mars 2008
PAPA
Mes yeux ont trébuché sur ce bout de photo sorti de son contexte: ton mariage. Je ne voulais que toi; ni la femme, ni l'enfant; juste ma peine nue. Je suis frappée par la beauté dure et fantomatique de ce visage, il me fait un peu peur. Ce jeune homme n'est plus du monde des vivants, ses yeux sont déjà morts, ils me glacent le sang. Je sais que c'est le découpage, l'image vieillie, la mauvaise qualité de l'agrandissement, ce corps qui, privé de celle qui l'accompagne, semble en déséquilibre, prêt à tomber dans le néant qui l'emportera plus tard. J'ai toujours pensé qu'il savait; il vivait dans l'urgence, avec un goût excessif de l'absolu et de la perfection que j'ai tant déçu, ingrate petite fille...
Il m'aimait, maladroitement, de façon irrationnelle et tyrannique; il m'aimait avec indécence, sans aucune pudeur et sans concession. Il m'étouffait, souvent, il m'écrasait, parfois, me voulait à son image et recommençait le brouillon à m'en briser l'âme. Mais il m'aimait si fort que son absence a envahi ma vie et qu'il m'a fallu attendre d'avoir eu son âge et même plus pour pouvoir coucher des mots sur ma souffrance.Parfois, le temps me donne l'illusion que la plaie est cicatrisée, et un petit bout de papier l'ouvre aussi profondément que les éclats de verre qui se sont fiché dedans autrefois...
Je serai peut-être guérie quand je l'aurai montrée, cette plaie, autrement qu'avec mon visage.
J'ai hérité de sa foutue émotivité et je ne sais aimer qu'avec l'excès de la passion. J'essaie juste de n'emporter que moi, dans ce tourbillon qui m'enivre souvent, me blessant sur les parois rugueuses de la réalité.
Pas d'enfant unique dans ma maison, j'en aurais voulu dans toutes les pièces vides que tu as laissé en moi, mais je les aient déjà bien remplies...
01 février 2008
Séraphin
Une journée merveilleuse passée avec lui, après toutes ces années perdues à lui distiller, chichement, quelques brèves nouvelles, lui qui écrit de longues lettres que je savoure tendrement, un grand sourire au bord des lèvres...
Il a toujours eu le reproche délicat, il n'a jamais laché la plume, malgré le silence qu'il avait, souvent, en retour. Je n'ai jamais cessé de l'aimer tendrement, loin des billets qu'il attendait, l'ami, l'amoureux , le barbu magnifique. Ces mots perdus, je les aient ressassé dans ma tête, les aient parfois couchés sur une esquisse de billet...je ne sais pas si je crains qu'ils manquent d'intensité ou qu'ils en disent trop, trop de moi, de mes émotions, mais je suis sûre, maintenant qu'ils les auraient tous aimé, mes mots, juste parce qu'ils sont de moi.
Promis, Séraph, je ne laisse plus l'oubli te guetter, je laisse couler tout ce qui coule, larmes comprises, juste pour te saluer.
Mon Empereur à la Barbe Fleurie, mon tout jeune berger de quatre-vingt printemps, tu ne changes pas, tu blanchit à peine et la malice et la bonté de tes yeux ne faiblissent pas.
Tu nous recoit comme des rois, avec ta fille, belle réplique de ton âme, tu cours de droite à gauche, pour nous contenter, nous nourrir de toi jusqu'à sassiété, jusqu'au départ qu'il nous faudra arracher à ton déja manque de nous, à notre si grand manque de toi.
Promis, Séraph, je n'attendrai pas un dernier adieu avant de t'enlacer, le temps nous presse et l'amitié est si rare, si précieuse.
je voudrais demain reprendre la route sinueuse et longue qui mène à ta petite bicoque de guingois, te serrer dans mes bras et regarder tes yeux pétiller de bonheur.
Demain, Séraphin, je serai là.
10 novembre 2007
Nathalie
Nathalie est un petit brin de femme tout en rondeur, la tête, le corps, le coeur...rien en elle ne heurte et ses yeux sont deux calots pétillants de malice et de douceur, les yeux d'un enfant qui aime sans compter, Nathalie est une fée!
Elle vous offre, à l'envie, toute son énergie, les rires et les larmes sont toujours au bord de sa vie aux mille facettes. Elle vous guide, en douceur, vous dirige, l'air de rien, avec une parfaite acuité, avec l'amour du travail bien fait; elle est pétrie de chacun des personnages qu'on incarne et nous fait rire de nos imperfections, elle les mime si bien...elle pardonne tout et recommence inlassablement jusqu'à parvenir à ses fins, elle vous porte, vous transporte et s'écroule, parfois. L'éclat de rire n'est jamais loin, elle à un vrai don pour ça.
C'est pourquoi Nathalie est comédienne et clown dans l'âme et dans la vie. j'ai eu le bonheur de la voir jouer dans des registres très différents avec autant de talent et la chance de travailler, trop brièvement, sous son regard et ses conseils.
Son univers est plein de poésie, de douce folie, on s'y sent si bien qu'on en oublie de grandir, on y perd son âge et sa raison, on se grise de jouvence.
Nathalie est brillante, lumineuse, scintillante, c'est ma fée clochette!
29 octobre 2007
Bastien (suite)
J'avais oublié l'essentiel: Bon Anniversaire, mon fils!
Bastien
Tu n'échappera pas au portrait que je dresserai de chacun d'entre vous, mes enfants, mes hommes, au fil du temps qui passe et fait de vous de si belles personnes et me rend chaque année un peu plus fière de notre pudique complicité...
Tu es né rond et doux, un immense sourire est très tôt venu illuminer ton visage, faisant gonfler et rougir les deux pommes fruitées de tes joues, que je dévorais goulûment, sous tes éclats de rire.
Tu as été un bébé jovial, heureux, un dévoreur de vie, un petit ogre tendre qui aimait tant manger qu'il en gloussait de plaisir à la découverte de chaque nouvelle saveur. Ce goût des délices de la table ne t'as jamais quitté et chaque repas familial prend des allures de joyeux pillage, de rafle organisée avec ma bienveillante complicité et l'aide non négligeable d'un frère tout aussi affamé.
"J'ai faim, qu'est-ce qu'on mange? On peut faire l'apéro?"
Puis tu repars, repus, une biasse bien remplie d'amour et de victuailles, pour "tenir" jusqu'à la prochaine fois.
Tu as perdu les rondeurs de l'enfance, à se demander comment quelqu'un de si filiforme peut tant engloutir, ton sourire t'as parfois quitté, au sortir de l'enfance, en ces moments fragiles ou l'on bascule, sur le fil, vers le monde adulte, à en perdre l'équilibre. J'ai eu peur, j'ai veillé, discrète et vigilante, puis ton visage s'est à nouveau illuminé, le regard d'un jeune homme tout neuf s'est posé sur le monde, sérieux, réfléchi, tellement adulte, déjà...
Tu ne m'échappe pas, puisque je ne t'ai jamais possédé, tu vas ta route, sans jamais oublier le sillon tracé, sans renier ni trahir ce qui t'a été transmis: de l'amour, rien que de l'amour, un point c'est tout.

















