13 juin 2009
Au jardin
Les pivoines et les pavots m'offrent un festival de couleur, on croirait un concours de beauté, chacun s'apprête, se gonfle, s'ouvre à outrance, laissant entrevoir un décolleté vertigineux, rivalisant d'éclat, plus arrogants les uns que les autres. Le lavandin, plus modeste, pointe discrètement ses teintes sobres, attend encore un peu avant de dévoiler la couleur profonde de ses petites fleurs. Les fraises des bois s'empourprent timidement, après le pluie des derniers jours, j'en écrase une poignée à ma bouche, gouttant sans pitié au délice sucré qui s'empare de mes papilles. En arrachant rageusement une toufffe d'orties, j'ai surpris une petite grenouille couleur or qui y prenait le frais. Nous n'avons osé bouger ni l'une ni l'autre, j'ai fais quelques pas en arrière pour laisser mon hôte se dégager. La digne princesse s'en est allée, déçue, je ne suis pas le fameux Prince Charmant dont on lui cause depuis si longtemps. Mes rouges pensionnaires sont venues en curieuses goûter les brassées d'herbe arrachées au jardin. Elles restent à distance respectueuse du fil électrique qui protège mes futurs légumes de leur gourmandise, mais n'en pensent pas moins. Les sonnailles s'en retournent à leurs veaux, qui n'ont pas osé suivre. Ils partent en courant jusqu'en bas du pré et font, presque en vague, des sauts de cabris, le cul en l'air.
Je somnole un moment dans la chaise longue, pas de clients pour interrompre ma pause "jardin".
Mon souffle s'alourdit, au bord du sommeil, je reste là, à la frontière des rêves et je sens mon visage enveloppé de soleil.
Depuis combien de temps n'avais-je senti tant de sérénité?
j'ai troqué mes plaques d'immatriculation 06 contre celles de ma nouvelle vie, je me fond dans le paysage et les gens, qui me connaissent tous maintenant, ne me prennent plus pour une touriste niçoise. Ils savent que je viens de la montagne, ne me demandent plus si l'hiver ici ne me fait pas peur, j'ai déjà vécu toutes les saisons, et même le pire été...
24 mai 2009
Quelque part...
A force d'y croire, je suis arrivée quelque part...
Deux années d'acharnement, à me battre comme je n'aurais pas imaginé, à pleurer de rage, d'impuissance, de désir frustré, à brûler une terre haïe de mes larmes de fiel, à me soumettre presque à l'intolérable échec, à me maudire d'impuissance, à éspérer encore, à éspérer sans cesse et à gagner enfin.
A avoir tant désiré, je ne crois pas encore, il m'arrive de errer de pièce en pièce, de terre en terre, en criant tout bas "c'est chez moi, chez moi"...je tremble encore de me réveiller dans d'improbables lieux, ou je me trouvais, il y a peu, ou je n'existais plus, ou ma vie s'étiolait dans le regret d'ici.
Alors, il faut que je l'écrive pour y croire peut-être, pour y croire vraiment, être sûre de n'être pas dans une parenthèse enchantée qu'un simple souffle ferait disparaître, la peur ne m'a pas quittée...
Et pourtant me voila droite et pleinement éveillée, mes yeux s'écarquillent pour mieux s'imprégner de ce qui leur échappait sans pitié, il y a si peu de temps encore.
J'ai l'impression de jouer encore un rôle, faut-il que le théâtre me manque, le rôle de celle qui a cru en ses rêves et forcément les a atteints.
Les voisins viennent saluer les nouveaux venus, cela pourrait-il être nous? Je souris, je n'écoute pas, je contemple, béate ma réalité et je réponds, au hasard, une politesse ravie et décalée. Ils vont me prendre pour une folle; peut-être, à force d'attente, le suis-je devenue un peu, peut-être est-ce du bonheur, va savoir, je ne me rappelle plus, il faut que je réapprenne.
La fenêtre du bureau est ouverte au soleil et les cloches de mes rouges pensionnaires rythment mes mots. Elles happent l'herbe fraîche et tendre du printemps, sans état d'âme, les belles Salers, suivies de leurs petits veaux perdus sur ces nouvelles pâtures.
Pour elles, que je sois là ou non n'a aucune importance, c'est leur pays depuis toujours, je leur offre juste une estive nouvelle, un été de verdure.
A force d'y croire, je suis arrivée quelque part.
15 février 2009
Il faut s'accrocher à ses rêves
Une année d'exil plus tard, une parenthèse que j'oublierai parce qu'aujourd'hui je m'autorise à jubiler, à laisser battre mon coeur sans retenir mon souffle, et me revoilà sur ces terres qui me font tant vibrer.
J'épouse du regard le rêve abandonné et le cri de joie au fond de moi n'en finit pas de raisonner. Je m'essaye à la retenue, j'invente encore parfois le pire, mais je sais au fond de moi qu'il est loin derrière, dans la noirceur de pensées rances.
Moi la déracinée, j'ai trouvé ici, depuis le tout premier jour, la beauté sauvage qui répond si bien à mon âme errante. Ce pays rude et majestueux me fais fondre en larmes, d'amour, le quitter fut un terrible chagrin, revenir une résurrection.
Je goûte en secret, pour quelques jours encore, le plaisir de fouler ces terres qui sont presque miennes, d'admirer cette bâtisse qui me possède plus que je ne la possèderai jamais.
Je suis amoureuse, toujours, encore, passionnément et si la passion dévore et consume, il y a bien longtemps que je m'y suis perdue, avec toi, et à part quelques feux de paille, ne reste que la braise des délices; je n'ai donc plus peur de rien, je sais ce qui m'attend et m'y laisse prendre...c'est ma liberté d'être ici, avec toi.
Le prix à payer: découvrir que l'on est capable de croire en soi, même si tout laisse penser qu'il n'y a plus d'espoir, s'accrocher à ses rêves, en faire un enjeu vital...et gagner!
22 décembre 2008
princesse d'un jour!
Je pars quelques jours m'allèger le coeur et retrouver les beaux enfants que j'ai laissé loin derrière moi...
Pensez à moi le 26 décembre, c'est mon anniversaire!
10 décembre 2008
stupéfiée
Ma sucette goût fraise fichée contre la joue, je laisse le poison enrobé emporter ma douleur, tout près de moi, mais si loin de mon corps. Comme un nuage lointain que l'imagination cueille, elle se matérialise dans la torpeur suave que ma bouche éparpille. Le bonbon déguisé m'offre vite le répit attendu et je rejette une fois encore le bâtonnet de plastique vidé de sa substance. Il me semble parfois que je prend goût à l'artifice de l'arôme, plus qu'à celui du remède,que je m'y accommode plus que je n'en suis addicte. S'il est une addiction, chez moi, c'est plutôt celle de ta chair, de ta peau, de ton corps solide d'homme bien portant, de ces muscles secs dont tu m'enveloppes, dans les bras d'un baiser. C'est à travers toi que j'existe et que je m'oublie parfois, c'est en toi que je puise la force de supporter sans broncher trop les distorsions de mon corps et mon âme. Je m'aide juste un peu, quand rien ne suffit plus. Je reste raisonnable, autant que la souffrance puisse contenir la raison, et puis l'orage passe, un de plus, je ne me cache plus, je démystifie.
30 juillet 2008
D'aimer nager...
Je n'ai jamais aimé nager entre deux eaux...et me voilà emportée par des courants contraires, à me débattre en avalant des gorgées d'amertume à vous retourner le coeur...Mes bras s'agitent, frêles brindilles, et je suis bien trop loin de la côte pour que l'on m'aperçoive. L'amer n'existe pas, rien de ma réalité ne peut se voir du rivage et je bascule d'une vague à l'autre, pantin désarticulé que nul ne semble reconnaître...
Je déménage, de gros camions criards emportent ma vie et la trimbalent au gré de mes déboires, ils se garent au hasard d'un chemin, celui dont je ne voulais surtout pas, mais j'ai payé pour ce trajet précis et je n'ai plus de quoi me rendre à bonne destination, à bonne destinée. Je les aient suppliés, j'ai essayé le charme, mais rien, non RIEN n'y a fait. J'ai dû perdre ma séduction dans un carton, tout au fond d'un de ces maudits camions. Ils ont déchargé mon passé et j'ai eu beau chercher, je n'ai pas su trouver mon avenir au fond de ces cartons bien trop pleins. C'est là que j'ai perdu pied et bu la tasse. j'avais pourtant bien tout marqué: chaussures, vestes d'hiver, histoire d'amour, rires d'enfants, mes favoris, à venir...se pourrait-il qu'une faute d'orthographe ait détourné le cours de ma vie?
08 mai 2008
Sous le grand magnolia
Elle passe des jours entiers sous le grand magnolia. Elle se grise de ce coin de fraîcheur au milieu de l'été et hume, les yeux fermés, et suspendant le temps, le parfum lourd et entêtant des fleurs. Elle goûte, silencieuse, les plaisirs secrets de la solitude et de l'ennui apparent qui en découle, sans jamais se lasser. Personne, ici, pour se railler de ses regards farouches, de sa peur panique des autres enfants et de leurs jeux bruyants, ne pas avoir à souffrir de sa différence...
Elle peut rester immobile pendant des heures et vivre mille vies sous les paupières closes; elle rêve sa vie et murmure souvent à cette âme-soeur imaginaire des histoires sans nom. Il s'appelle Michel et elle lui dit tout, à lui et à lui seul. Jamais il ne la juge, il l'aime comme elle est, elle l'aime éperdument.
Bien qu'encore toute petite, on la laisse facilement sans surveillance, elle est si calme qu'on l'oublie à son monde caché, si seulement on pouvait l'oublier à jamais...mais les vacances vont finissant et il va falloir reprendre le chemin redouté de l'école, plus de Michel pour l'aimer, plus de magnolia pour porter ses rêves dans la parenthèse enchantée de l'été.
27 février 2008
SPlEEN
j'avais, il y a quelques jours encore, les pieds fichés dans la terre lourde et grasse, et je me sentais grandie par l'horizon, campée, droite sur mes jambes. Qui eut dit de moi, enfant, que j'étais une terrienne?
Une rêveuse, sans aucun doute, une rêveuse toujours, mais une terrienne...
Le ciel était bien plus lumineux qu'en été et il faisait plus doux aussi.
J'ai humé l'air, goulûment, chaque jour; j'aurais voulu plus de temps, plus de solitude, plus de contemplation; j'aurais voulu que ça ne finisse pas, poser enfin, vraiment, mes valises. Mais non, ce n'était qu'une parenthèse de deux semaines qui m'a glissé entre les doigts, mes souhaits et mes rêves sont restés sans emprise sur les jours qui s'égrenaient, immuables.
J'ai possédé, secrètement, du regard, tout ce qui m'avait échappé à la première apparition de cette belle bâtisse, de ces terres paisibles, de ce paysage si doux à côté de mes reliefs abrupts et secs. J'aurais voulu aller plus loin, être libre de découvrir les recoins inconnus, comme mon fils est parti conquérir la cabane, dans le petit bois.
Mais je suis encore étrangère à tous ces trésors que je scrute à la dérobée, pas encore chez moi, déplacée,les racines à nu.
Je sens que toi aussi tu voudrais sortir du carcan de la visite, de l'embarras de l'invitation, hurler "j'arrive"!...
Le dernier jour, embrasser les lieux en silence, surtout ne pas se retourner, consommer l'adieu, non, l'au revoir!
En passant devant Murat, j'ai eu une pensée pour Briscard, un clin d'oeil au cousin d'Auvergne!
22 janvier 2008
"Un grand silence frisé"
Ce titre là n'est pas de moi, mais de F'MURR, auteur de B.D. célèbres dans le monde des bergers, puiqu'il y décrit avec humour et folie notre quotidien, légèrement délesté du tangible...
Ce grand silence, ou plutôt ce long silence, le mien, c'était une lassitude, une sensation de vide un peu vertigineuse, le temps qui s'écoule sans que je puisse poser des mots dessus, la page tournée, et point?
Tous ces jours passés ont pourtant eu du contenu, mais j'étais incapable d'envie, ils n'avaient pour moi que le sens que je voulais bien leur donner, ils étaient devenus intranscriptibles.
Et puis, va savoir pourquoi, j'ai entendu parler "théâtre"et l'envie m'est revenue, de faire et de dire, un déclic inespéré...
On va jouer "Bérénice" à Paris, Carole Bouquet et Lambert Wilson, possèdés, parlent de la beauté du texte, de leur total investissement et des images instantanées me viennent, Racine au bord des lèvres, au bord des yeux et mon coeur fait des étincelles. Je l'aime tant, celui-là, il m'émeut jusqu'à fleur de peau...pourquoi suis-je à l'autre bout de la France, pourquoi ne pas recommencer à dire ces mots si beaux qu'ils me hantent pour l'éternité...
J'en rêve la nuit suivante, je les aient dans la bouche, ces mots, je crois les possèder, une fois de plus, c'est eux qui me possèdent, une fois encore. La scène est derrière le rideau, j'entend la salle se remplir, mon coeur bat la chamade et ma bouche murmure des "italiennes", à l'infini.
je me réveille, un hagarde, un peu ivre de la sensation retrouvée et j'ai tant envie d'en parler!
Et puis voilà que ce matin j'entend Daniel Auteuil parler de son rôle dans "les femmes savantes", expliquer sa délectation, se livrer avec espièglerie et faire tâter, à la radio, l'étoffe de soie qu'il portera, qui est, dit-il, l'exacte réplique du costume que portait Molière pour interprèter le même rôle.
Je suis bien, dans ma vie, j'ai eu la chance de choisir, de changer à loisir, d'aller de l'avant. J'ai fait tant de chemin et tant de belles rencontres que je me sens riche ,et ce n'est pas fini, il y a encore de quoi me faire vibrer, dans ma boule de cristal, je vois, je vois...
Je ne serai jamais une grande comédienne, je me suis juste fait plaisir et c'est bien ainsi, mais je n'ai pas dit mon dernier mot, mon dernier vers et en regardant droit devant, je me prend à penser que le frisson qui m'emporte dans ces moments là ne pourra me quitter bien longtemps.
02 décembre 2007
"nul ne guérit de son enfance"
C'est en tout cas ce que chantait Léo FERRE, ces paroles qui se distillent dans mes veines et reviennent comme une litanie...
"Nul ne guérit de son enfance".
Les blessures qui s'y forment restent des plaies béantes, qui saignent et font souffrir au moindre souvenir, au détour d'une photo, à la douleur d'un mot, à l'écoute d'un air autrefois aimé, familier, et qui fait, malgré le temps qui passe, l'effet d'un coup de couteau...le couteau dans la plaie, et la boucle est bouclée.
Retour à la case départ, l'innocence perdue, les actes manqués , comme une naissance non désirée, les mensonges tordus d'une mère-enfant narcissique, ne jamais être à la hauteur des désirs du père, ne pas briller assez, puis se sentir définitivement terne, n'avoir pas eu le temps de prouver que l'âme avait ses richesses; perdre le père et tout perdre, se perdre et s'oublier, jusqu'à l'excès de tout, jusqu'à la déchirure.
Panser ses plaies en cachette, à coup de petits bonheurs, de ceux qu'on s'interdit, parce qu'on ne mérite plus rien; plus de père distributeur de bons et mauvais points, plus d'estime à construire, pour qui?
L'enfance vous broie, quand on ne peut plus y croire, c'est comme le Père Noël, ça n'existe pas, et pourtant...
Un jour, on passe à autre chose, on se construit enfin, on a ses propres enfants. On s'autorise le bonheur, l'estime de soi, un peu, et l'on croise très fort les doigts pour que l'histoire, un jour, ne se répète pas, ou plutôt, on se bat.









