enfance

C'est en tout cas ce que chantait Léo FERRE, ces paroles qui se distillent dans mes veines et reviennent comme une litanie...

"Nul ne guérit de son enfance".

Les blessures qui s'y forment restent des plaies béantes, qui saignent et font souffrir au moindre souvenir, au détour d'une photo, à la douleur d'un mot, à l'écoute d'un air autrefois aimé, familier, et qui fait, malgré le temps qui passe, l'effet d'un coup de couteau...le couteau dans la plaie, et la boucle est bouclée.

Retour à la case départ, l'innocence perdue, les actes manqués , comme une naissance non désirée, les mensonges tordus d'une mère-enfant narcissique, ne jamais être à la hauteur des désirs du père, ne pas briller assez, puis se sentir définitivement terne, n'avoir pas eu le temps de prouver que l'âme avait ses richesses; perdre le père et tout perdre, se perdre et s'oublier, jusqu'à l'excès de tout, jusqu'à la déchirure.

Panser ses plaies en cachette, à coup de petits bonheurs, de ceux qu'on s'interdit, parce qu'on ne mérite plus rien; plus de père distributeur de bons et mauvais points, plus d'estime à construire, pour qui?

L'enfance vous broie, quand on ne peut plus y croire, c'est comme le Père Noël, ça n'existe pas, et pourtant...

Un jour, on passe à autre chose, on se construit enfin, on a ses propres enfants. On s'autorise le bonheur, l'estime de soi, un peu, et l'on croise très fort les doigts pour que l'histoire, un jour, ne se répète pas, ou plutôt, on se bat.