J'ai attrapé un vieux pull d'homme couleur brique, décousu sous l'aisselle droite, mon slim chaud et de grosses chaussures. Pas un regard vers le miroir devenu superflu avec le temps, je ne connais que trop bien ma silhouette androgyne, mon teint trop pâle et mes yeux liquides d'enfant perdue. j'ai coupé mes cheveux très court et tout est dit. J'ai mâché et remâché mon texte, pourtant su par coeur depuis un moment, pour me rassurer au départ, puis parce qu'il ne sortait tout bonnement plus de ma tête. Il s'est emparé de moi comme une mélopée et me possède jusqu'à l'écoeurement. Il en sera ainsi tant que je ne l'aurai pas expulsé, ce soir, sur scène, et c'est alors que le plaisir pur de le dire, de le sentir, de le vivre viendra. Un peu moins d'une heure de route et je retrouverai mes complices, mes camarades de jeu que je connais à peine, première fois avec eux. Avec d'autres est venu le temps de la lassitude, de la redite, de l'ennui. Je ne peux me satisfaire d'un seul texte joué à l'infini, plus de deux ans en fait et quasiment chaque mois, sans renouveau, sans remise en question. Sans doute suis-je exigeante, envers moi tout d'abord qui ne supporte que le défi de vivre quelque chose de totalement intense, même à ma modeste échelle de comédienne amateur, envers le texte, bien-sûr, envers mes partenaires dans une moindre mesure, sauf si l'engagement est en dilettante. Je vais donc prendre ma voiture, après l'avoir soigneusement débarrassée de la couche de neige et de givre inhérant à l'hiver cantalien et glisser prudement vers le soir de cette nouvelle expérience. Une première rencontre avec le public, sentir la pulsation des corps, des mots et des regards, laisser les complicités naître, la confiance se faire sentir, se faire PLAISIR...